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"Plongée et contre-plongée, page 1"

 


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Novembre 2025

Cette première page est consacrée à des illusions connues ou moins connues qui utilisent successivement plongée & contre-plongée pour donner lieu à deux interprétations successives de leur dessin.
N.B. Cette page est une reprise de la première page consacrée aux illusions du concave et du convexe, car les figures présentées ci-dessous utilisent aussi cette opposition pour mettre en place leur ambiguïté.

La seconde page présente des oeuvres d'art en deux dimensions, qui ont, elles-aussi, utilisés l'opposition de la plongée et de la contre-plongée, que ce soit de manière
successive ou simultanée.
La troisième page propose au lecteur des dessins personnels employant
simultanément ou successivement la plongée et la contre-plongée.
La quatrième page montrera que plongées et contre-plongées peuvent être perçues
simultanément dans le monde réel.

 

INTRODUCTION
Les figures présentées ci-dessous sont la plupart du temps classées dans la catégorie des figures réversibles. La raison en est qu'elles présentent successivement deux interprétations spatiales de leur tracé : concave ou convexe. Mais, ici, nous étudierons et nous limiterons à l'opposition de vues en plongée et en contre-plongée. Limitation qui n'empêchera pas d'entrapercevoir la diversité et la complexité du phénomène.

 

A. LES FORMES RECTILIGNES DE LA PLONGÉE ET DE LA CONTRE-PLONGÉE
 

1. LE DIÈDRE DE MACH

Le Dièdre de Mach, parfois appelé le livre ou la tente, est, si l'on excepte les disques et sphères que nous verrons plus avant, la figure la plus simple. Inventée en 1886 par Ernst Mach, cette figure nous demande de définir une orientation dans l'espace de sa forme. Ainsi, nous pouvons tout autant voir un livre entrouvert posé à la verticale sur une table (plongée), qu'un livre posé à la verticale sur une étagère en verre placée au-dessus de notre ligne de vision (contre-plongée).
N.B. Il est vrai, qu'en parlant de "tente" et de "livre", la plupart des livres consacrés aux illusions d'optique évoquent surtout l'opposition du concave et du convexe. Il n'en reste pas moins que l'interprétation spatiale décrite ci-dessus reste exacte, même si elle est plus difficile à percevoir.

 

Illusion du dièdre de Mach.

 

En passant de la vue en plongée à celle en contre-plongée, chaque plan change d'orientation, et, en cela, nous avons bien une ambiguïté spatiale. Mais, une autre interprétation spatiale existe encore : cette forme apparemment angulaire pourrait être totalement plane, la rencontre fortuite de deux parallélogrammes sur une feuille de papier.
Ce qui nous amène à la figure suivante, le
Cube isométrique. Un cube dont on pourrait penser qu'il a été créé en ajoutant un losange au Dièdre de Mach.

 

2. LE CUBE ISOMÉTRIQUE

Le Cube isométrique, utilisé depuis l'antiquité, possède la particularité de présenter trois faces égales (ce qui n'est pas le cas avec la figure rouge ci-dessous). Cette égalité des surfaces et la symétrie des losanges permettent alors de mettre en place différentes illusions. C'est ainsi qu'il est possible de voir successivement un cube, lorsque nous pensons être en train de regarder ce volume en contre-plongée, puis un espace intérieur, perçu en plongée, lorsque nous imaginons être en train de regarder l'angle d'une pièce les yeux baissés vers le sol.

 

Cube isométrique, 2.

 

À partir de là, grâce au pavage et à la multiplication des cubes, les illusions se multiplient. Dans le pavage en perspective isométrique présenté ci-dessous, chaque losange horizontal peut être perçu comme la face supérieure d'un cube vu en plongée ou la face inférieure d'un autre cube aperçu en contre-plongée. De même chaque losange oblique peut être compris comme le coté droit d'un cube vue en plongée ou le coté gauche d'un autre cube vu en contre-plongée. Ainsi, selon l'angle de vision choisi pour l'ensemble du pavage, plongée ou contre-plongée, chaque ensemble de trois losanges passe alors du concave au convexe.

 

"Cubes de Beaunis", figure réversible, 1881.

 

Après cette figure appelée Cubes de Beaunis en raison de sa publication en 1881 par le psychologue éponyme, nous allons aborder une autre figure, la Figure de Thiéry qui, bien que publiée en 1895, était déjà, elle aussi, connue de l'antiquité gréco romaine.

 

3. LA FIGURE DE THIÉRY

La Figure de Thiéry semble reprendre deux des cubes, tout à la fois adjacents et en partie superposés, d'un pavage isométrique. Les mécanismes sont donc les mêmes que ceux déjà vus avec les Cubes de Beaunis. Ainsi, tandis que les trois parallélogrammes supérieurs forment un cube perçu en contre plongée, les trois parallélogrammes inférieurs tracent, quant à eux, un cube vu en plongée. Le losange central qui, isolé serait vu comme une surface plane et frontale, change son orientation dans l'espace : parfois il fuit vers le lointain en-dessous de notre ligne de vision, parfois, il fuit au-dessus de cette même ligne.

 

"Figure de Thiéry", figure réversible.


Voyons maintenant un cube qui délaisse la perspective isométrique pour utiliser la perspective cavalière.

 

4. LE CUBE DE NECKER

Le Cube de Necker a été publié par Louis Albert Necker en 1832. Cette figure nous demande de choisir une orientation dans l'espace pour son volume. Ainsi, nous pouvons tout autant voir un cube vu en plongée fuyant vers la droite (sa face avant serait le carré inférieur gauche), qu'un cube perçu en contre-plongée fuyant vers la gauche (sa face avant serait le carré supérieur droit).

 

Illusion du cube de Necker.

 

Avec ce cube, nous arrivons à la première figure réversible qui se contente d'opposer plongée et contre-plongée. En effet, le Cube de Necker ne met pas en conflit le creux et le plein, le concave et le convexe. Ici donc, quelque que soit l'interprétation choisie, nous avons toujours un volume, bien qu'il soit transparent.

 

5. L'ESCALIER DE SCHRÖDER

Nous arrivons maintenant à l'Escalier de Schröder, une figure plus figurative qui semble s'éloigner de la géométrie pour exprimer le réel. Pourtant, il va s'avérer que ce nouveau dessin n'est que l'assemblage plus ou moins complexe des formes que nous venons de voir. En dépit de son explicite figuration, l'Escalier de Schröder publié en 1858 se contente de multiplier en les alignant des Dièdres de Mach. Nous retrouvons donc les oppositions déjà citées : plongée et contre-plongée, concave et convexe. Pour ceux qui, comme moi, auraient de la difficulté à visualiser l'escalier en contre-plongée, regardez le dessin en opérant une rotation de 90° vers la gauche de votre visage ou de 90° vers la droite de l'image

 

"Escalier réversible", Schröder, 1858.

 

B. LES FORMES COURBES DE LA PLONGÉE ET CONTRE-PLONGÉE
 

1. LA FEUILLE ONDULÉE

À la manière du Cube de Necker, la figure de gauche que nous appellerons la Poubelle, oublie la problématique du concavexe, pour se contenter d'alterner vue en plongée et en contre-plongée. Ici, en lieu et place des losanges et parallélogrammes des figures précédentes, ce sont les ovales et ellipses qui, selon le contexte dessiné et notre choix perceptif, sont amenés à voir leur orientation modifiée. À imaginer une poubelle, nous voyons les deux ovales en plongée, puis à penser à un ampliphone situé au-dessus de notre ligne de vision, ces mêmes ovales seront perçus en contre-plongée.

"Feuille ondulée", illusion de Mach.

 

En revanche, avec la Feuille ondulée (dessinée par Ernst Mach en 1886), nous retrouvons la double opposition spatiale des figures du début de page. Quand nous passons de la vision en plongée à celle en contre-plongée, chaque courbure de la feuille passe du convexe au concave et inversement.
Il est à noter qu'avec la
Feuille ondulée nous avons sans doute la plus petite figure concave-convexe qui soit, puisque le Dièdre de Mach utilise, quant à lui, deux plans distincts, deux parallélogrammes accolés.

 

2. LE DÔME, LA COUPOLE ET AUTRES FORMES SPHÉRIQUES

Vus sous des points de vue bien particuliers, certains dômes et coupoles peuvent passer d'une vue en plongée à une autre en contre-plongée. Ainsi, la coupole de l'église saint-Pierre à Rome, bien que photographiée de l'intérieur, pourra paraître prise en plongée à certains. Dans ce cas, le lanternon devient l'élément le plus proche et prend la forme d'une coupole blanche vue d'en haut. Si la forme du lanternon et du disque sombre passent facilement d'une vision à l'autre, les courbes du quart supérieur de la photographie n'évoquent pas une vue en plongée. C'est que les lignes rayonnantes de la coupole semblent perçues à la verticale, alors que le lanternon , lorsqu'il est vu comme un dôme, est, quant à lui, compris comme une plongée de trois-quart.

 

Coupole de l'église saint-Pierre, Rome.

 

Avec la page suivante, nous allons aborder l'utilisation successive ou simultanée de la plongée et de la contre-plongée dans le domaine artistique.

 

PAGE SUIVANTE : Plongée et contre-plongée en art.

 

ICONOGRAPHIE

BEAUNIS Henri Étienne,
Cubes de Beaunis, 1881.
Dans :
Nouveaux éléments de physiologie humaine, comprenant les principes de la physiologie comparée et de la physiologie générale, 1881, Paris, J. B. Bailliere et fils, vol. 2, page 1181.
https://archive.org/details/nouveauxlmen02beau/page/1180


MACH Ernst,
Dièdre, 1886.
Dans :
Beiträge zur Analyse der Empfindungen, 1886, éditeur G. Fischer, pages 87 & 97.
Traduction française :
L’analyse des sensations, 2000, éditions Jacqueline Chambon, page 197. ISBN : 2-87711-128-8
https://archive.org/details/beitrgezuranaly00machgoog/page/n110

Feuile ondulée, 1886.
Dans :
Beiträge zur Analyse der Empfindungen, 1886, éditeur G. Fischer, page 101.
Traduction française :
L’analyse des sensations, 2000, éditions Jacqueline Chambon, page 196. ISBN : 2-87711-128-8
https://archive.org/details/beitrgezuranaly00machgoog/page/n109

SCHRÖDER Henrich,
Escalier, 1858.
https://en.wikipedia.org/wiki/Schroeder_stairs
Dans :
Ueber eine optische Inversion bei Betrachtung verkehrter, durch optische Vorrichtung entworfener, physischer Bilder, in Annalen der Physik und Chemie, Band 181, Joh. Ambr. Barth, Leipzig, 1858, p. 298-311.

THIÉRY Armand,
Figure de Thiéry, 1895.
Dans :
Les Illusions dans la mesuration des directions des grandeurs et des courbures. Une question d'optique psycho-physiologique, dans : Revue néo-scolastique, 2ème année, N°8, 1895, pp. 358-384. (figure page 373).

 

 

 

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