PALAIS DES PAPES D'AVIGNON, Cages
"Cages à oiseaux", 1336-1337, fresque, Palais des Papes, Avignon.


PLANSITE-----SITEMAP-----

 

Avril 2005

Les volumes de ces deux cages à oiseaux peintes à fresque du quatorzième siècle peuvent être considérés comme deux très belles et très pures figures réversibles avant la lettre. Mais deux autres figures se cachent encore en cette image. Pour lors, commençons par la cage située à droite.

Nous avons là un hexaèdre surmonté d'un toit polygonal. Une observation trop hâtive du volume pourrait nous laisser croire que cet hexaèdre est une figure réversible simple : son volume pouvant tout autant être placé au-dessus qu'en-dessous de la ligne de notre regard. Malheureusement, certains détails viennent remettre en cause cette simpliste interprétation.
 

Dホtail 1 : "Cages à oiseaux", fresque, 1336-1337, Palais des papes, Avignon.Dホtail 2 : "Cages à oiseaux", fresque, 1336-1337, Palais des papes, Avignon.

 

Le dessin du toit conique à facettes laisse tout d'abord supposer que nous sommes placés en-dessous de la cage (ci-dessous à gauche). Ce détail n'est pourtant pas suffisant, puisque deux arêtes ont été oubliées, qui devraient relier la pointe au bord inférieur de l'hexagone (en jaune vif). Ces deux barres sont pourtant essentielles, en ce qu'elles devaient figer l'orientation du toit. En leur absence et du fait de cette incomplétude, ce cône à facettes, troisième figure réversible de cette fresque, devient donc lui aussi réversible (ci-dessous à droite). Mais heureusement pour nous, un second détail vient encore ajouter une équivoque aux équivoques déjà citées.
 

Dホtail 3 : "Cages à oiseaux", fresque, 1336-1337, Palais des papes, Avignon.Dホtail 5 : "Cages à oiseaux", fresque, 1336-1337, Palais des papes, Avignon.

 

Tant la longueur que le parcours des deux barres médianes verticales de la cage penchent pour une autre interprétation de son volume : nous aurions là une vue en perspective fuyante (ci-dessous à gauche). Ces médianes marqueraient les deux arêtes proches d'un hexaèdre situé à notre niveau et dont les cotés s'enfuiraient vers le lointain. En ce cas, un point situé au centre du carré central serait le lieu d'arrivée et de convergence des fuyantes des hexagones du plancher et du plafond. Seul problème la seconde cage située dans la partie gauche de la fresque est, quant à elle, représentée en perspective parallèle. À cette étape de l'analyse, nous ne savons plus où nous en sommes.
 

Dホtail 5 : "Cages à oiseaux", fresque, 1336-1337, Palais des papes, Avignon.Dホtail 6 : "Cages à oiseaux", fresque, 1336-1337, Palais des papes, Avignon.

 

Pauvre regardeur qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez pour qu'un primitif italien du quatorzième siècle, ignorant de la perspective fuyante et maître de la cavalière, le mène ainsi par le bout du nez ! Qui nous dit que ces deux barres verticales, qui trouvent leur origine dans la bordure supérieure du toit, ne s'arrêtent pas au sommet de l'hexagone qui fait office de plancher. En traversent le plancher de part en part, les segments inférieurs des médianes verticales se transformeraient en renforts, qui, à la manière de la barre médiane horizontale, auraient pour fonction de rigidifier la base de la cage (ci-dessus à droite). La continuité apparente des tracés ne serait qu'une simple et pure coïncidence : la conséquence de l'alignement équivoque des montants verticaux de l'hexaèdre et des renforts horizontaux fuyants du plancher. En cela, le plancher pourrait à nouveau être situé au-dessus du niveau de notre regard. Nous revenons ainsi à une vision en contre-plongée avec trois barres de renforcement du plancher : deux à l'apparence verticale et une autre horizontale. Passons à la deuxième cage.

Celle-ci est d'un abord beaucoup plus facile, en ce qu'elle reprend le principe d'une figure réversible bien connue : le Cube de Necker (voir ci-dessous).
 

Dホtail 7 : "Cages à oiseaux", fresque, 1336-1337, Palais des papes, Avignon.Figure réversible : Cube de Necker.

 

Ainsi, à ne regarder que le cube de la cage, nous avons deux orientations possibles et contradictoires de son volume. La première le présente en plongée se dirigeant vers notre droite, tandis que la seconde le suppose perçu en contre-plongée orienté vers la gauche. Rien donc de nouveau depuis 1868, année où Louis Albert "inventa" son vrai cube. Rien de nouveau si ce n'est le très bel arrondi du sommet.
Car, nous avons en ce dessin une quatrième forme réversible : le chapeau de la cage. Le tube sectionné longitudinalement en son milieu faisant office de toit, peut aussi être perçu en plongée (la courbure orientée vers la droite surplombe sa section), qu'en contre-plongée (la section plane orientée vers la gauche nous domine). Nous arrêterons là, sur cette quatrième et ultime (?) figure réversible d'un détail d'une fresque banale bien que prophétique.
Car dans quel testicule de quel arrière, arrière, arrière, arrière, arrière-grand-père pouvait bien être le spermatozoïde de
Louis Albert Necker lorsqu'un peintre de l'école d'Avignon réalisa cette fresque, peignant un Cube de Necker prémonitoire, cinq siècles avant que ce dernier n'ait été inventé par son supposé auteur ?

SOLUTION AUX DIFFÉRENTES HYPOTHÈSES DE RÉVERSIBILITÉ PROPOSÉES

À la différence des lignes du Cube de Necker, les arêtes des volumes possèdent une surface qui, par leur recouvrement, permettent de définir un premier et un second plan. Bien que la fresque ait subi les ravages du temps et que des transparences soient apparues dans les superpositions, la reproduction postale en ma possession montre une cage de gauche vue en contre-plongée.

Visible à :
Chambre des papes, murs de l'ébrasement des deux fenêtres, Palais des papes, AVIGNON.

 

 

 

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