ANNIBAL CARRACHE, Le Christ et
Annibal CARRACHE, "Le Christ et la Samaritaine", huile sur toile.


PLANSITE-----SITEMAP-----

 

A la différence du Saint-Georges de Ucello et du Mois de Mars, la fresque de Del Cossa, nous ne pourrons certainement pas attribuer à l'établissement progressif des lois de la perspective, l'erreur cachée en cette toile. Annibal Carrache, en suivant la voie tracée par Raphaël, Michel-Ange et Titien, est en effet devenu le peintre classique par excellence. Pourtant, quelque chose dans la pose de la Samaritaine peut prêter à sourire : le pied qui repose sur la marche du puits se trouve, malgré les apparences, plus loin que celui qui repose au sol. Pour s'en convaincre, nous devons tout d'abord prolonger par une ligne presque horizontale la base du pied jusqu'au bord de la marche, puis arrivé là, descendre au sol grâce à une verticale. Le point d'arrivée de cette verticale à la base de la marche indique la position au sol que ce pied aurait s'il n'était pas surélevé. En agrandissant l'image et en procédant à ce tracé imaginaire, vous constaterez que le pied gauche de la Samaritaine se trouve légèrement en arrière de son pied droit.
 

Detail avec tracé ajouté du 'Christ et la Samaritaine" de Annibal Carrache.

 

Situation qui n'a rien d'impossible puisque nous pouvons très bien rester debout tout en croisant nos pieds. Mais situation qui contredit le reste de cette belle, lourde et massive anatomie féminine. En premier lieu, nous voyons bien que la cuisse de cette femme, contrainte par le puits s'écarte de sa jambe droite. De même, la main, qui retient le drapé, nous indique par la position du bras, en léger raccourci, que cette cuisse s'avance légèrement vers nous. Enfin, même la lumière éclaire le pied gauche pour laisser le droit dans la pénombre de la jamble pliée et du drapé fuyant (c'est au niveau du pli situé à la verticale de la main que s'opère en effet la cassure : le passage de la lumière à l'ombre).
En nous léguant cette erreur,
Annibal Carrache a, sans le savoir, réalisé une Tripoutre avant la lettre. Car, à la manière de cette figure impossible inventée par Roger Penrose en 1958, nous avons bien là deux poutres (les jambes), qui partant d'un même point pour se diriger dans deux directions différentes (le bassin) se rejoignent à une même distance, sur une troisième poutre (l'inversion de l'échelonnement logique et attendu des pieds au sol).

 

 

 

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