Double vue, Beaux-Arts, Paris, 2008.
Ombre-Cercles-2
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PLANSITE--------SITEMAP----

 

Quelle belle grille, quel bel ouvrage que ces barreaux encadrés d'une double rangée de formes, alternant, en une sorte de collier dépourvu de chaînons, petits et grands cercles. Pourtant, bien que cette grille, qui ferme l'embrasure donnant sur le jardin des Beaux-arts, soit de la belle ouvrage, certains, dont je fus en passant d'un pas nonchalant devant ce travail sur lequel je portai un regard fatigué par tant de parisienne beauté, pourraient en surestimer la complexité. Car, à bien y regarder, rien n'est parfait. Cela se tord en haut : le cercle supérieur, sans doute, atteint par les ravages du temps ne semble pas situé dans le même plan que son conjoint. Car, à y regarder encore, la colonne de cercles gauche ne possède pas le noir intense et réfléchissant qu'affiche sa voisine. Car, à bien y regarder encore et toujours, cette même colonne n'est pas faite de métal mais d'ombre portée sur l'épaisseur d'un mur ! Ainsi, cette colonne de cercles qui semblait nous dire : "Regardez-moi, passants pressés aux regards égarés, je suis là devant vous, levez les yeux !", n'est pas située dans un plan quasi frontal mais s'éloigne de nous tracée par un soleil moqueur sur l'ébrasement fuyant d'un mur classique.

Par un plan élargi, l'image suivante montre bien que cette soi-disant colonne de cercles redoublée n'était que la projection sur l'ébrasement du mur de la colonne de cercles réels. Mais, il se trouve que parmi cet éventail d'ombres circulaires, oeuvre d'une perspective linéaire dont le soleil serait tout à la fois le créateur et l'objet, l'origine et la fin (en ce qu'il en marque le point de fuite), les cercles d'ombres les plus centraux se retrouvent dans l'alignement des cercles de métal.

 

Ombre-Cercles-1

Cette remarque jetée là ne suffit pourtant pas à exprimer la complexité de cette oeuvre naturelle. Car si l'ombre est bien là, y compris en l'absence d'un passant fatigué de lumière, de foule et de bruit, quelqu'un doit venir suspendre son pas, à un endroit bien précis, pour que l'alignement puisse enfin être perçu par un oeil humain. Un pas en arrière ou un pas en avant et cette oeuvre de lumière serait restée dans l'ombre du mur. Pour en arriver là, il aura fallu que l'inclinaison des rayons du soleil entretienne un rapport unique et privilégié avec le point de vue unique et précis d'où cette image a été prise. De ces deux coïncidences, je ne saurais vous dire laquelle est la plus improbable, sachant pour le moins que leur rencontre équivaut à trouver une aiguille dans une meule de foin.

 

 

 

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