Fil téléphonique, Hendaye, 1998.
Fil-telephone
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PLANSITE--------SITEMAP----

 

Avec cette nouvelle série d'alignements équivoques nous abordons un élément, qui, bien que tout aussi ténu que l'échelle précédente, va nous réserver nombre de surprises. Car, bien que l'ombre persiste à inventer une profondeur illusoire, celle-ci n'obéit pas toujours aux lois de la symétrie que nous venons d'aborder.

Ainsi, malgré les apparences, vous n'avez que deux fils en cette image. Les tracés qui débordent à gauche de la maison sont des éléments matériels bien réels, alors que les deux lignes situées sur la droite de la façade n'en sont que les ombres portées. Ainsi, le fil partant du coin supérieur gauche est-il composé de deux tracés. Passé le piton fixé au mur, son ombre portée poursuit sur le mur le trajet entamé dans le ciel. Sachant cela, vous devinez maintenant que le fil et son ombre sont peu ou prou perpendiculaires l'un à l'autre : le fil venant se fixer sur la façade, tandis que l'ombre en suit la surface. Pourtant, malgré cette connaissance, vous n'en continuerez sans doute pas moins à voir là un tracé continu, qui, par cette illusoire continuité que nous appelons alignement équivoque, tend à mettre sur un même plan perceptif deux éléments placés à l'orthogonale dans le réel.

En cela, nous pouvons dire que l'ambigu se moque de la reconnaissance formelle. En dépit de notre connaissance du fil et de son ombre portée, nous ne pouvons nous empêcher d'imaginer une continuité qui aligne leurs tracés à l'intérieur d'un même plan. Nous lirions donc certaines images de la réalité à la manière des représentations picturales : notre connaissance du monde n'arrivant pas à avoir le dernier mot sur l'organisation formelle, à la manière de ces peintures classiques qui nous font réunir à l'intérieur d'un triangle ou le long d'une spirale des éléments qui, vus sous un autre angle, seraient épars. Si cela est vraiment le cas, nous pourrions dire que cette image marque à nouveau le triomphe de la Gestalt. En raison de sa proximité avec la réalité, cette photographie semble confirmer que les lois d'organisation des stimuli sensoriels élaborées par cette école de psychologie régissent notre perception du réel selon leur bon vouloir.

 

 

 

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