Hampe, Prague, 2007.
Hampe-Prague
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Sur les façades des bâtiments de la ville de Prague, des barres métalliques immenses s'élancent en oblique vers le ciel. À certains moments de l'année, la ville doit être tout enrubannée d'oriflammes, fanions, drapeaux, étendards et bannières de toutes sortes. Voici donc une hampe, pas la plus grande il est vrai, attendant patiemment le jour où elle accomplira sa mission : déployer vaillament aux yeux de tous le drapeau qui lui aura été confié.
Mais quel est donc le problème de cette hampe ? C'est qu'à regarder sa forme, nous pouvons douter de sa capacité à porter un drapeau sans faillir. Ce grand A renversé semble fixé au mur par un de ses pieds, à l'apparence bien fragile. Comment ce morceau de tube que nous apercevons près du coin supérieur droit de la fenêtre peut-il porter, ne serait-ce que, le poids du métal de sa propre hampe ?
Le problème est que nous prenons parfois pour argent comptant tout ce que les images nous racontent. Car, somme toute, qu'avons-nous là ? Une barre solitaire qui s'élance en oblique, fixée au mur par sa base en quart de rond et un tirant situé dans sa partie médiane. Tout le reste n'est qu'ombre fugace. Ainsi, dès que vous dépasser le disque grisé, qui semble traversé par le susdit tirant, vous entrez au royaume des ombres. Car ce disque est de la couleur du mortier qui a permis d'enchâsser ce tube dans la pierre. De même dès que vous dépassez le quart de rond inférieur et son disque de mortier, il est vrai moins visible, vous entrez encore au royaume des ombres.
Cette ombre là, comme celle de la lanterne précédente, trompe nos sens par la symétrie quasi parfaite qu'elle arrive à introduire dans l'image. Alors que nous sommes habitués à voir des ombres qui allongent, déforment et distordent l'objet à l'origine de leur projection, nous avons là des ombres qui prolongent de manière régulière, réaliste et sensée ces mêmes objets. Pour cela, il a fallu trouver l'angle de vision bien particulier sous lequel cette symétrie advient. Et c'est ainsi que nous retrouvons le fameux principe plastique de l'alignement équivoque. En ces images singulières, l'alignement, dont le rôle consiste à prolonger, de façon totalement illusoire, des trajectoires et des orientations, s'apparente à une projection symétrique. Le mur devient ainsi l'axe autour duquel s'organise la duplication relativement fidèle d'un modèle réel vers son dessin ombré. C'est sans doute à cette aune géométrique que nous pouvons comprendre la raison pour laquelle, en ces photographies, l'alignement en arrive à approfondir l'espace au lieu de l'aplatir comme il a si bien coutume de le faire.

 

 

 

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