Abbaye de Montmajour, Près Arles,
Abbaye de Montmajour
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PLANSITE--------SITEMAP----

 

Si tu crois que ces murs latéraux sont alignés, ce que tu te gourres, ce que tu te gourres !
Ceux qui voient cette photo pourraient croire que les deux surfaces ombrées se poursuivent, dans un même plan, de la plus petite à la plus grande, comme la section verticale des marches d'un escalier géant destiné à la
Tarasque mangeuse de moines. Mais c'est à l'ombre portée du premier mur sur la façade du second que nous devons cette continuité illusoire (ci-dessous à gauche). Car la ligne d'ombre de la première paroi (tracé jaune) poursuit, sans la moindre interruption et de façon rectiligne, le trajet fuyant entamé par l'arête de pierre (tracé rouge). Ainsi, par leur noirceur confondues, ces deux ombres, la propre et la portée, semblent former une seule surface. Nous avons là un alignement équivoque. Ce principe plastique, qui se contente habituellement d'aplatir les volumes, se permet parfois, lorsqu'il est appliqué aux ombres, de les prolonger. Nous croyons que ces deux constructions sont plus profondes qu'elles ne sont en réalité. Mais un deuxième phénomène est encore à observer. En modifiant le volume des masses, l'alignement de l'ombre bouleverse leur échelonnement dans l'espace. Car, la ligne oblique, supposée rectiligne à la surface du papier, donne à voir un plan continu là où la réalité présente une orthogonalité : un retrait, un recul du premier volume architectural dans la latéralité de l'espace.

 

Montmajour-CroquisMontmajour-Croquis-2

 

Une fois cette première étape franchie, si tu crois que la corniche de la seconde muraille vient buter en contrebas du mur d'enceinte de l'abbaye, ce que tu te gourres, ce que tu te gourres.
Car là encore, l'ombre portée prolonge le sommet du mur, laissant croire qu'il va plus loin, mais aussi beaucoup plus bas, qu'il n'aboutit en réalité (ci-dessus à droite). Ainsi, en l'absence de la cassure opérée habituellement par les ombres portées (
tracé jaune), nous n'arrivons plus à distinguer, dans la pénombre qu'elle induisent, le lieu véritable de leur naissance, naissance qui marque l'endroit où le mur de refend vient buter contre la pierre de l'abbaye (tracé rouge).

Ainsi, en associant à l'intérieur de mêmes tracés des arêtes réelles et des lignes d'ombres fugitives, cette cascade d'alignements équivoques laisse croire à des longueurs fausses, des contiguïtés décalées, des orientations déviées et des échelonnements bouleversés. Mais cette fausse image d'un bâtiment religieux n'est en rien miraculeuse. Nous avons là l'image de la réalité que les lois à jamais faillibles de la représentation transforment en illusion : illusion humaine, simplement humaine, forcément humaine.

 

 

 

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