La rabane aplatie, Le Hâvre,
Rabanne-Havre-2
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PLANSITE-----SITEMAP----

 

En cette photo tout est aplati. Non pas tant que nous connaissions la direction des différents éléments de la photographie : frontale, fuyante, oblique, mais en ce que tous les éléments qui la composent, bien que disparates semblent appartenir à une seule, même et unique surface. Ainsi, le store, qui habituellement constitue un plan oblique placé en hauteur, paraît ici poursuivre son trajet dans le sol. Même le pan de mur gris verdâtre situé à gauche ne semble pas aussi vertical qu'il devrait l'être. C'est que tout ici est agencement de surfaces, de couleurs et de directions, qui, par leur articulation régulée, donne à cette image du réel l'apparence d'une création abstraite, pensée et réfléchie, à la surface de la toile. Voyons quelques mécanismes de cette articulation régulée.

En premier lieu nous avons un faux contact. Le rebord intérieur de la rabane semble en effet entrer en contact avec la bande de caoutchouc jaune collée sur le trottoir. En dépit de la distance importante séparant ces deux éléments, leur simple contiguïté à la surface du papier photographique en arrive à nous faire imaginer une contiguïté dans le réel. Deux raisons peuvent être avancées. La première, déjà évoquée en préambule, veut que cette vue plus proche de l'abstraction que de la figuration nous fasse perdre nos repères. Nous éprouvons alors des difficultés à reconnaître les objets ainsi que leur fonction, toutes informations qui, habituellement, nous permettent de les situer dans l'espace. La seconde raison est que ce contact illusoire n'est pas mince, en ce qu'il concerne une barre entière de la bordure du trottoir et qu'il semble se poursuivre sur toute sa longueur en raison de la présence d'un alignement équivoque.
Cet alignement là est particulier. À la différence de l'alignement équivoque classique, les lignes en présence ne semblent pas se poursuivre le long d'un trajet momentanément interrompu (loi de clôture ou de colinéarité), mais paraissent posséder certains points communs : ici une commune direction (loi du destin commun ou de similarité). Ainsi, tant la bordure du trottoir que la bande de caoutchouc jaune et le bord longitudinal de la rabane épousent le trajet de la grande diagonale qui traverse la photo de part en part. C'est en cela que l'impact du contact équivoque se trouve renforcé. Mais l'alignement par similarité n'a pas fini son travail d'aplatissement des plans et de l'espace, car celui-ci s'applique encore à un autre élément de la photo. Bien qu'éloignée, la grande et large bande de caoutchouc blanc collée sur les pavés suit une trajectoire parallèle à celle de la bordure du trottoir (ce qui est normal), mais aussi à celle du bord de la rabane, situation insolite qui nous incite une nouvelle fois à poser sur un même plan la toile rayée et le bitume écaillé.
Enfin, nous avons un second alignement qui joue encore mais d'une autre manière de la loi de similarité. C'est qu'il nous reste une dernière bande caoutchoutée : la petite et timide bande blanche qui tente de faire la jonction entre la jaune et la longue et large bande claire. Ici, l'origine de la similarité ne provient pas d'un parallélisme, en ce cas inexistant, mais d'une contiguïté de segments pourtant distants dans l'espace. La bande caoutchoutée semble entrer en contact avec une bande tout aussi blanche de la rabane. Mais cette illusoire contiguïté ne suffirait pas à produire l'aplatissement perçu, puisque le pavé paraît, lui-aussi, toucher la toile rayée. Nous avons là une communauté de direction : la bande de caoutchouc poursuit apparemment sa trajectoire dans la bande de toile. Cette communauté des directions à la surface de l'image nous incite à imaginer une illusoire communauté d'orientation mais aussi d'échelonnement dans la reconstruction du réel que nous opérons. Il est vrai que cette continuité des directions vous semblera plus qu'exagérée lorsque vous aurez la curiosité de poser une règle sur l'écran de votre ordinateur : un angle notable et notoire étant ainsi révélé. Comment expliquer ce dernier écart entre le réel et le perçu ? D'une part, votre cerveau peut, en ce détail, subir l'influence des nombreux contacts et alignements perçus par ci par là dans l'image. D'autre part, des expériences ont montré que notre système perceptif tolère certains écarts angulaires lorsqu'il est amené à poursuivre des lignes interrompues. C'est ainsi qu'une ligne pointillée dont les tirets brinquebalent légèrement de gauche à droite sera toujours perçue comme une ligne pointillée continue.

L'accumulation de tous ces contacts et alignements équivoques, de toutes ces coïncidences de lignes, de tracés et de surfaces, de toutes ces directions, orientations et échelonnements apparemment communs crée une continuité totalement illusoire de lignes jaunes, vertes et blanches qui forment un grand N venant s' inscrire en oblique à la surface de la rue. Ceux qui verraient là un grand Z, auront donc tout intérêt à consulter l'addendum plutôt que l'oculiste, afin de comprendre cette toute dernière et personnelle interprétation.

 

 

ADDENDUM
Vous pouvez voir d'autres
N illusoires sur le site. Certains dessinés à la surface du papier et d'autres perçus dans les trois dimensions du réel. Tant le photographe amateur que l'ex-dessinateur bénévole du site devraient se poser la question de cette répétition : "Pourquoi tant de N ?"
Le dessin :
Dessin de N
La photographie :
Poteaux de N

 

 

 

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