Parquet, Vincennes, circa 1978.
Tele-et-Parquet
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Chez moi, il y a bien longtemps, il y avait des cactus. Ainsi, ce cactus candélabre qui étendait jusque dans la pièce d'un appartement de la petite couronne parisienne le paysage des westerns que je regardais le vendredi soir au ciné-club télévisé de Claude-Jean Philippe.
Mais il y avait aussi et surtout le générique du journal du soir de la troisième chaîne de l'époque où sur l'écran apparaissaient ces lignes fuyantes concluant ou annonçant les nouvelles du monde pompidolien ou peut-être ou aussi giscardien. Par le hasard de ma position avachie sur le canapé prédisposant à la léthargie, par le hasard supplémentaire de la présence d'un parquet de chêne à lames parallèles, fabriqué d'après les anciens de l'immeuble à partir du bois des tranchées de la Grande Guerre, je voyais parfois les lignes de fuite du bois de la grande boucherie se poursuivre sur l'écran de télévision, alors en noir et blanc, des quarante glorieuses. Ainsi, le volume de la pièce rentrait-il à l'intérieur du volume de la boite hertzienne, les lignes fuyantes et colorées du réel stéréoscopique se prolongeaient sans discontinuité apparente dans les lignes fuyantes et monochromes d'une représentation bidimensionnelle animée.

Cette photo présente un alignement équivoque à l'intérieur d'une représentation réaliste du monde. Pourtant, assis dans mon canapé, vous auriez eu la même vision des choses. Parce qu'elles semblent se poursuivre du parquet dans la télé, les lignes du parquet et du générique en arrivent à aplatir notre perception du réel. Ainsi à l'instar du Trapèze, présenté ci-dessous, un même mécanisme est à l'oeuvre dans le dessin et la photographie

 

TrapezeB


Mais tandis que deux alignements différents concourent à aplatir le dessin du
Trapèze, nous n'en avons plus qu'un lorsqu'il s'agit de la photographie. Deux relations plastiques différentes permettent en effet de donner l'illusion du redressement à la verticale du trapèze central. Il y a tout d'abord le parallélisme des cotés du bloc central avec les formes latérales. Mais, convenons que ce n'est pas le cas de la photographie. Puis nous avons l'alignement du sommet des trois volumes, qui, de ce fait, semblent se retrouver sur une même ligne, à une même distance. Ce qui n'est pas sans rappeler la continuité illusoire des lignes du parquet et des fuyantes du générique. Seule différence, alors que l'alignement continu des lignes du Trapèze aplatit l'échelonnement des plans, celui des lignes de la photo réunit à l'intérieur d'un même plan deux orientations contradictoires : celle fuyante du parquet et l'autre verticale de l'écran de télévision.

 

 

 

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