Immeubles creux, Paris, 2008
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PLANSITE-----SITEMAP----

 

Avec l'architecture contemporaine nous ne savons pas toujours ce qu'il en est du plein, et ce qu'il en est du vide. Mais cela n'est guère nouveau. Ici, en ce bâti ancien, nous pourrions aussi nous demander où s'arrête la paroi et où commence l'ouverture ? Où s'arrête le mur et où commence la fenêtre ? Ainsi, dans cette cour ombrée du Marais parisien, ayant subie moultes transformations, les surfaces paraissent creusées et les ouvertures semblent comblées.
Mais toute cette agitation de l'espace peut simplement s'expliquer par deux mécanismes plastiques qui en arrivent à troubler notre vision du monde. Ainsi, par le jeu surprenant de vitres qui se prennent pour des miroirs, des bâtiments situés derrière vous viennent pénétrer par effraction votre champ de vision. La contiguïté équivoque, telle un rétroviseur, mélange les plans et vous met sous le nez ce que vous avez dans le dos. Nous voyons dans les quatre vitres verticales ce qui est derrière nous. En cela le bleu du ciel qui semble trouer le pignon et se poursuit à droite n'a rien à voir avec le bleu qui le surplombe : tandis que le premier est boréal, le second est austral.
Mais, cette superposition là perdrait beaucoup de sa force si elle n'était pas secondée par l'alignement ambigu, qui, en reliant sans logique matérielle l'un des montants noirs du vitrage au bord droit du pignon de l'immeuble le surplombant, semble poser à une même distance du spectateur et le long d'une même trajectoire ces deux éléments distants et disparates.
Ainsi, dès que nous délaissons l'angle de vision, comme dans la photo ci-dessous, l'image perd l'ambiguïté spatiale que certains avaient pu subir à cause d'un survol trop rapide de la première photo. L'alignement équivoque n'est plus et le contact ambigu, qui inversait il y a peu l'ordre des plans, perd tout son effet en raison de l'évidence d'un vitrage renvoyant une image à la luminosité affadie : le reflet d'un en-arrière que nous prenions pour la réalité d'un supposé en-avant.
 

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Puis dans la même cour, en un heureux contrechamp, une autre vision s'offre à nous. Un damier équivoque se met en place : tandis que dans la partie gauche de l'image, l'immeuble pourrait être perçu comme reposant sur des pilotis métalliques laissant apparaître le ciel, la moitié droite oppose le noir du bâti inférieur à la luminosité d'un ciel quasi identique. Et pourtant, là encore, les tons foncés du bâti inférieur droit ne peuvent exprimer une quelconque solidité, ni même une quelconque muralité, en ce que nous avons, là aussi, une baie vitrée qui nous renvoie l'image du coté de la cour que nous venons à peine de délaisser.

 

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