Arbre Décathlon, Montreuil, 2006.
"Ombres coupホes", coupホes par une rampe d'escalier.
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PLANSITE-----SITEMAP----

 

L'arbre à l'ombre interrompue est impossible. Ou plutôt, affirmer sans risque et sans crainte que l'ombre coupée de cet arbre ne peut censément advenir. Il nous faut donc trouver la raison logique qui veut que cette apparition advienne en dépit de l'impossibilité physique de sa présence ici-bas.
Roulant et tanguant à l'est du périphérique rugissant, vous pouvez de votre frêle esquif motorisé contempler un immense pignon orangé. Le mur dont il est question, celui du
Décathlon de Montreuil-sous-bois la mal nommée, est zébré d'un escalier, enchâssé dans le béton coloré. Lorsque la lumière rasante du soleil couchant en vient à éclairer l'arbre situé en avant du mur, son ombre, qui ne peut s'inscrire au plafond horizontal et fuyant de l'escalier, semble alors disparaître. Il en est parfois ainsi : la vision en contre-plongée, ou même en plongée, ne permet pas de juger de la continuité même disloquée d'une ombre portée.

Mais quelle serait donc la catégorie de cette impossibilité ? Avec cette photo, nous ne sommes pas loin du Triangle de Kanizsa, qui impose à la vue une forme absente que notre système perceptif imagine à partir de contours fictifs. Ici, à la manière du Triangle, nous ne pouvons nous empêcher de prolonger les ombres manquantes pour revenir à un réel acceptable, une organisation plus stable de l'image perçue.

 


TrapezeK
 

D'un autre coté, nous nous éloignons de l'impossible de l'image pour approcher celui du langage. Car tout étant réel et donc possible dans le monde, seule l'interprétation que nous en faisons peut parfois prêter le flanc à l'impossible. En imaginant l'ombre d'un arbre coupé en deux et pourtant debout, nous entrons dans le domaine de l'irréel, du fantastique et de la science fiction. Cette image sans référent connu et acceptable est à considérer, d'après la Classification des ambiguïtés et impossibilités du langage, comme une impossibilité du fond par alignement incohérent. D'une part, nous avons bien, en raison de leur discontinuité, un alignement incohérent des branches de l'arbre. D'autre part, cet arbre, en ce qu'il est inconnu du monde, met en cause l'espace référentiel de la langue : son fond, qui bien qu'étant toujours absent, est indispensable au texte.
Pour ceux qui voudraient voir des exemples d'
impossibilités du fond de la langue, n'hésitez pas à cliquer sur le lien que vous venez de passer.

 

 

 

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