Balcon, Chez moi, 2005.
"Oiseau de balcon, 1", double-image d'un balcon.
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PLANSITE-------SITEMAP----

 

Chez moi, je vois des animaux qui n'existent pas. Ainsi, lorsque je regarde la grille de mon balcon, j'aperçois des oiseaux de fonte qui traversent le ciel. S'élançant du centre d'une spirale ( module de base d'un motif de vagues hérité de la Grèce antique que la ferronnerie du début du vingtième siècle s'entêtait à perpétuer), un oiseau semble déployer ses ailes afin de prendre son envol. Borné de toutes parts, enchâssé dans la grille : ailes conjointes à la barre supérieure, bec jouxtant la vague précédente, pattes dirigées vers le centre de la spirale, il n'en n'arrive pas moins à susciter un mouvement, une trajectoire, une direction qui échappent à l'immobilité de la fonte.
Puis, vous éloignant de la balustrade, vous pourriez voir ce vol rectiligne dans le ciel vincennois. Perdus dans un ciel plombé, cette horde de volatiles semble s'abriter de la fureur des éléments en volant au ras de vagues grecques égarées en Gaule. Seul, le dernier animal ailé semble renoncer au voyage, qui préfère rebrousser chemin.

 

"Oiseau de balcon, 2", double-image d'un balcon.

 

Mais, vous éloignant encore de ce satané balcon, vous pourriez contempler la totalité de la grille. Ce faisant, le thème de cette ferronnerie apparaîtrait clairement. Dans la cartouche centrale, les flèches, l'arc et le carquois de l'Amour croisent le flambeau censé, sans doute, en signifier la flamme. Deux rameaux de feuillage viennent ensuite encadrer l'ovale de la cartouche. Ceux-ci sont essentiels à la compréhension de l'ambiguïté formelle de cette série photographique. Car, vues sous un certain angle, les feuilles tripartites qui s'échelonnent le long de la tige prennent parfois la forme de ce que nous avions cru être des oiseaux. Ainsi, un simple rinceau de feuillage constitué de tiges spiralées et de feuille trilobées ornerait la frise supérieure, repoussant les vagues et les oiseaux illusoirement perçus dans les limbes d'un imaginaire paranoïaque critique.

 

Balcon-solarise
 

Avec cette image, nous nous éloignons de la problématique de l'espace pour nous rapprocher de celle de la forme. Car la présente équivoque hésite entre la vue d'un oiseau et celle d'une fleur. En cela, nous quittons le domaine de l'ambiguïté spatiale pour entrer dans celui d'une ambiguïté sémantique, qui use et abuse de la reconnaissance formelle. Il n'en reste pas moins que certaines figures connues, traitant de la même problématique, en arrivent encore à bouleverser les relations spatiales de leurs éléments : telle La jeune fille et la vieille femme (ci-dessous). Car, pour passer du nez de la vieille femme dirigé vers nous à la joue de la jeune fille qui s'en éloigne, nous sommes obligés de modifier l'orientation du plan concerné, des lignes qui représentent tant le nez que la joue.


"Ma femme et ma belle-mマre", Hill, 1905.

 

 

 

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