Faux  croisillon, Villeneuve sur
Panneau-Yonne-1
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Voilà, vous êtes sur la route et vous croisez une de ces nombreux panneaux qui annoncent le futur lotissement paradisiaque, doté en général de noms d'oiseaux ou de fleurs, où vos enfants pourront, en bordure de nationale, s'épanouir entre les barbecues trop arrosés, les piscines gonflables aux algues vertes et le chant mélancolique des tondeuses dominicales.
Le ronflement de votre femme assoupie couvrant celui de votre diesel des villes, vous pensez : "Je n'achèterai pas ici, la région doit être venteuse. Ils ont dû ajouter un croisillon pour que tout cela tienne debout." Mais, bien que roulant à 110 km/h sur une route dont la vitesse est limitée à 90 km/h et que votre esprit baigne dans la petite goutte d'après repas arrosé de Côtes du Rhône, un doute vous effleure. Vous voyez à travers les vapeurs de l'alcool que ce croisillon ne pourra rien pour lutter contre la portance au vent du panneau : tous deux étant situés dans un même plan, allant de concert dans une même direction.
C'est alors que votre voiture ayant franchi, sous le coup de votre propre surprise, les rails de sécurité, vous délaissez l'asphalte pétrochimique pour entrer dans la nature idyllique, qui, grâce à sa boue lourde et collante, permet à votre véhicule de s'arrêter à quelques mètres du panneau qui, après vous avoir fait perdre la tête, va maintenant vous la faire retrouver.

 

Panneau-Yonne-2

 

Ce croisillon, constitué de deux madriers, n'était pas face à vous. Comme vous l'aviez tout d'abord supposé, cette croix de bois est bien orthogonale aux autres poteaux, afin de stabiliser un panneau publicitaire que le vent, en ses divagations infinies, pourrait facilement coucher au sol.
Nous avons donc là une superposition équivoque. Une première image, qui perçue de loin, laisse imaginer un X frontal reliant les deux verticales qui l'encadre, et une seconde où ce même X s'éloigne dans la profondeur de l'espace. Ce conflit des orientations est connu depuis longtemps. Ainsi, un croquis peu connu de
Wilhelm Wundt l'annonçait dès la fin du XIXème siècle.

 

Croix-de-Wundt

 

En ce tracé graphique nous ne saurions attribuer avec certitude une direction à ces deux lignes qui peuvent, chacune, en prendre des centaines et des centaines. Il n'en reste pas moins que, là aussi, nous pouvons imaginer une croix s'éloignant cette fois ci vers la gauche, tant en raison de la disposition fuyante des bases que de la diminution apparente de l'écartement vertical des extrémités latérales.

 

ADDENDUM
Mais, rien ne prouve que ces deux lignes soient en contact. Situation qui vient ajouter une incertitude infinie des échelonnements à celle, tout aussi infinie, des orientations. C'est ainsi que, revenant sur la photo, nous serons bien obligé d'admettre que nous n'avons là aucun croisillon à nous mettre sous la dent. Car, tandis que la barre oblique éloignée vient de l'arrière, à la manière de son homologue de droite, conforter le montant vertical gauche du panneau, l'oblique la plus proche part de l'en-avant du panneau pour aller soutenir la poutre médiane.

 

 

 

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