Éclair, Budapest, printemps 2008.
Budapest-Eclair
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PLANSITE-----SITEMAP----

 

Par un beau soleil printanier, Zeus est venu porter ses foudres à Budapest. Il suffit qu'un poteau s'incline contre le mur pour que la lumière du cher d'Apollon donne lieu à un tracé évoquant le courroux du dieu olympien. Bien que nul ne puisse être surpris par les déformations dues aux ombres portées, l'écart qui sépare ici la rectilignité du poteau des brisures de sa projection ne manque pas d'étonner. Il est vrai qu'en lieu et place du mur lisse de béton auquel tours, entrepôts, barres, garages, bâtiments publics et pavillons modernes nous ont habitué, nous avons là un appareillage à l'antique qui combine soubassement, moulures, gorges, rehauts et bossage. C'est ainsi qu'à effacer, par un moyen ou par un autre, le panneau et son poteau, beaucoup seraient bien en peine de dire ce qui a pu donner lieu à cette ombre là.
En cela, nous avons bien là une succession d'interventions divines, qui, partant du panneau circulaire à la flèche blanche sur fond d'azur décochée par un putto bouffi et innocent, nous conduit au coup de foudre de Zeus pour une terrienne, par lui et pour lui, consumée d'amour sur le pavé hongrois.
Mais tout cela ne nous dit pas en quoi cette photographie peut donner lieu à une ambiguïté plastique des relations spatiales. Pour cela nous devrons délaisser la totalité de l'ombre pour nous contenter d'un détail, qui veut que l'ombre portée par le poteau sur la paroi de l'édifice peut parfois être perçue comme une ombre propre de l'architecture ! J'en arrive ainsi à imaginer deux balustres ou deux vases, qui, posés l'un sur l'autre, feraient saillie sur la paroi des deux soubassements, eux-mêmes superposés. C'est que par une pure coïncidence de point de vue, la trajectoire de l'ombre renvoie en miroir l'encoignure de la façade. Bien que par définition plane, cette ombre portée en arrive donc à donner l'illusion d'une épaisseur factice à la quasi platitude de cette paroi.
En passant de la platitude de l'ombre portée du poteau à l'illusoire profondeur de l'ombre propre de ces balustres imaginaires, nous obtenons une superposition équivoque, qui veut qu'un élément graphique de l'image puisse donner à voir deux orientations contradictoires de son tracé.


Budapest-Eclair-2

 

 

 

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