Constructivisme hongrois, Budapest, printemps 2008.
Budapest-Escalier-2
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PLANSITE-------SITEMAP----

 

Qu'avons-nous là ? Un constructiviste oublié pour avoir été condamné comme contre-révolutionnaire. Le tribunal artistique ayant bien perçu que ses obliques, hachées et diminuées, se dirigeaient vers la gauche au lieu de monter fièrement à droite vers l'avenir radieux du prolétariat.
Quoiqu'il en soit que pouvons-nous dire de cette image aujourd'hui ? Il semblerait que des barres de béton, rangées à la verticale le long d'une rampe qui porte son ombre sur eux, attendent sagement la camion qui les emportera pour participer à la construction du H.L.M. qu'un prolétariat, beaucoup moins triomphant que prévu, bâtit de ses mains pour abriter les S.D.F. recrutés en ses rangs.
Mais, à la manière d'un
Moholy-Nagy, en cette image toutes les lignes mentent. Car l'importance accordée ici au graphisme en arrive à vous tromper sur la réalité des masses et des volumes. Et pour que le graphisme prime, il a fallu choisir un point de vue particulier. Ce point de vue ne relève pas tant de l'utilisation d'un gros plan, qui, en éliminant le contexte environnant, n'aide guère à la reconnaissance tridimensionnelle de ce morceau de monde, que de l'angle de vision imposé par l'objectif plastique de l'appareil photographique jetable. Car, comme vous allez le constater sous peu, si le plan moyen, qui va vous être présenté lorsque l'auteur de ces lignes aura fini ses explications verbeuses et contournées, rend bien compte d'un élément bien connu du réel des villes, les ombres, en dépit du recul pris, n'en continuent pas moins à perturber l'image que vous vous faites de cette nouvelle image.

 

Budapest-Escalier-1

 

Que peut-il donc bien se passer pour que cet escalier, enfin reconnu comme tel, semble à certains égards encore posséder des marches verticales ? Ce sont les ombres Messieurs, ce sont les ombres. Car, prise sous cet angle là, cette photographie présente un enchaînement de barres verticales noires qui, à elles-seules et par leur répétition, suffisent à redresser ce que nous savons être une succession de plans horizontaux.
En cela, nous sommes confrontés à une superposition équivoque : un pur conflit d'orientations, dégagé de toute ambiguïté d'échelonnement des plans dans l'espace. Deux orientations viennent donc se superposer en cette image pour se succéder, se suivre et se repousser, sans fin et sans cesse, dans notre cerveau. D'un coté, nous savons que ces marches et les ombres qu'elles portent ne peuvent qu'être horizontales, tandis que de l'autre, ces barres noires, vues de ce point de vue précis, dressent à la verticale tant les ombres que leur support de béton.

 

 

 

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