L'escarpe du XIIIème, Paris Massena,
Rayures-du-mur-1
precedent suivant


PLANSITE-----SITEMAP----

 

Il semblerait qu'en ce début de XXIème siècle, les architectes placent encore un talus pour affermir la base des édifices construits non loin de la Seine. Car, bien qu'ignorant si le sol, pour lors recouvert de gravats, sera un jour comblé, nul ne pourrait sérieusement prétendre qu'un fossé sera ici laissé, afin de transformer ce talus rayé en escarpe protégeant la bâtisse des assauts de supposés barbares modernes. Il n'en reste pas moins que la présence de ce talus en arriverait à nous faire douter du savoir des architectes contemporains et de la solidité de leurs constructions. Nous allons donc tourner autour de ce talus afin d'en comprendre les tenants et les aboutissants.
En cette deuxième vue, le talus reste visible. Son inclinaison nous apparaît pourtant beaucoup moins forte, au point qu'un doute commence à nous travailler. La portion de mur située à droite pourrait très bien n'être qu'une surface verticale recouverte de barres obliques penchant vers la droite. Ne serait-ce là qu'un effet du hors-champ vers lequel elle se dirige ? Aurions-nous définitivement perdu l'inclinaison vers l'avant de ce soubassement ou la pente, perçue sous cet angle, serait-elle si forte que nous aurions du mal à l'accepter ?

 

rayures-du-mur-2

 

L'incertitude est devenue telle que nous devons en passer par une troisième image, prise d'un autre point de vue, pour établir la vérité sur ces fondations si changeantes. La photographie présentée ci-dessous montre des murs verticaux qu'aucun talus, aucune escarpe, aucune inclinaison, ne viennent renforcer. En dépit des rayures obliques qui les recouvrent, les murs apparaissent maintenant comme étant verticaux. La preuve est ainsi faite, mais il est vrai preuve par l'image, que notre première perception des orientations spatiales était fausse. Quel est donc ce mécanisme plastique, qui, travaillant la surface de la première image, a pu induire notre système perceptif en erreur ?

 

rayures-du-mur-3

 

Nous avions là une superposition équivoque. Selon le point de vue, les rayures oranges peuvent apparaître comme s'inclinant vers le bâtiment ou dressées à la verticale par le mur qui les porte. Ainsi, une même bande peut donner à voir deux orientations distinctes et contradictoires d'un même tracé graphique.
Il est vrai que cette situation ne nous est pas inconnue. Les soi-disants Poteaux du Hâvre n'étaient pas tant des barres métalliques fichées dans le trottoir afin d'en interdire l'accès aux voitures que les bandes caoutchoutées collées au sol servant à délimiter les places de stationnement. Pourtant, en dépit de l'identité du mécanisme plastique, l'impact optique de cette nouvelle photographie est différent : il en arrive à dépasser et déborder les tracés (les bandes oranges) pour venir contaminer le support (le mur de béton). Car, si au
Hâvre le sol restait le sol, en ces fondations, vous avez tout d'abord cru percevoir des plans obliques avant que d'en arriver à bien vouloir admettre leur verticalité. Comment expliquer cet écart ? À l'évidence, tant la répétition que la proximité des rayures oranges sont à même d'expliquer la force de l'illusion ici perçue. Si ces parois de béton nous sont apparues comme inclinées, c'est que la superficie occupée par les bandes oranges est au moins aussi importante que celle des parties de mur non recouvertes.

 

ADDENDUM

Nous ne pouvions pas en rester là, nous ne pouvons pas nous quitter ainsi, clore cet entretien par une phrase aussi rugueuse et brutale. Car, au-delà de leurs orientations incertaines, ces bandes obliques cachent encore d'autres trésors. Les plus attentifs et les plus studieux d'entre vous auront déjà remarqué qu'un autre phénomène plastique était à l'oeuvre dans la photo précédente, mécanisme que la photographie suivante met en évidence.

 

rayures-ambigues

 

Nous avons là un alignement plastique. En dépit du retrait du mur situé à droite, les deux parois semblent se retrouver à l'intérieur d'un plan commun, et en cela à une même profondeur dans l'espace. Pour en arriver à cette situation incongrue, Il suffit que deux rayures marrons ou oranges distantes affichent, sous un angle de vision bien précis, une bordure illusoirement continue. Parce qu'elle donne le sentiment de se prolonger d'une paroi à l'autre, cette bordure va réunir les deux tracés distants à l'intérieur d'un même plan, à une même distance.
Pire, la force de cet alignement est telle que tant le décalage en hauteur de la deuxième rangée de rayures, que leur diminution apparente de taille ne suffisent à entraver cet illusoire aplatissement de l'espace. Certains pourraient donc voir là un
Buren oblique, fils ou cousin du vertical, qui, en ses pérégrinations citadines mâtinées de street-art, aurait recouvert un mur plan, unique et continu, de son logo récurrent afin de marquer la platitude du support, la matérialité des éléments et le geste constitutif de toute oeuvre picturale. C'est ainsi que les murs en disent long !

 

BONUS
Voici deux liens vers des pages de carnets qui, du fait que certains de leurs croquis reprrennent l'équivoque d'orientation des bandes jaunes, devraient vous paraître plus évidentes alors même que vous ne les aviez pas encore vues !
Carnet 1993-1995, page 19
Carnet 2008-2010, page 18

 

 

 

RETOUR AU SOMMAIRE

RETOUR À L'ACCUEIL

precedent suivant