Les barres de la gare,
Ombre-Gare-de-Lyon-1
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PLANSITE-----SITEMAP----

 

La question posée est simple : combien avons-nous d'immeubles en cette image ? La plupart d'entre vous en dénombreront quatre : les trois grandes barres (deux fuyant à droite vers la lumière et la troisième qui s'engouffre dans la brèche ouverte) auxquelles il faut ajouter le "petit" bâtiment plongé dans la pénombre de l'immeuble situé à sa droite. Mais, déroulant l'ancestral rouleau chinois de cette page web contemporaine, vous découvrirez votre erreur. Nous n'avons pas tant de bâtiments que nous pouvions l'imaginer.qu'il n'y avait là que trois immeubles.
Car les ombres bouchent, les ombres bouchent les images que nous avons du monde. En obscurcissant surfaces, couleurs et détails, elles en arrivent à nous tromper sur les formes réelles. Ainsi, tout photographe partisan de la ligne claire vous dira qu'il faut déboucher les ombres. Ce qui a été fait ci-dessous.

 

Ombre-Gare-de-Lyon-2

 

Nous avons donc trois bâtiments. Celui qui avait pu être momentanément perçu comme un quatrième immeuble n'était que l'ombre portée de la barre droite sur la barre gauche. Il se trouve que cette ombre perçue sous cet angle de vue ressemble à s'y méprendre au coin d'un cube. Nous entrons là dans ce que les psychologues de la perception appellent les jonctions. Les jonctions de contours sont indispensables à la représentation que nous nous faisons de la volumétrie des formes (jonctions en L, en Y et en flèche) et de leurs relations spatiales (jonctions en T).

 

theorie-des-Jonctions

 

Mais la photographie présentée ici montre qu'une jonction peut prêter à équivoque. Si la jonction en flèche du coin supérieur de l'immeuble situé à droite rend bien compte d'un volume convexe, la même flèche située dans l'ombre devient trompeuse en ce qu'elle nous a fait croire à la présence d'un volume inexistant, puisqu'elle n'exprime qu'une surface géométrique plane. Certains argueront à juste titre que l'absence du segment médian de la flèche, possiblement perdu dans la pénombre, serait à l'origine de notre erreur. Il n'en reste pas moins que la plupart des figures réversibles, bien que proposant des flèches au tracé nettement défini, tel le Cube de Necker, peuvent être perçues d'au moins deux manières différentes, qui vont du concave au convexe. Ainsi, cette superposition équivoque photographique présente une figure réversible dont l'étrangeté conssiterait à nous faire hésiter entre une vision plane et une autre convexe de la même silhouette géométrique.

 

Ombre-Gare-de-Lyon-3

 

ADDENDUM
Ce qui est intéressant est la manière dont nous avons peut-être imaginé la flèche illusoirement perçue dans l'ombre portée (
tracé rouge). Il se pourrait fort que la colonne de fenètres, qui atteint la pointe de l'angle (tracé jaune), nous incite à poursuivre son trajet dans l'ombre pour devenir bissectrice manquante. Nous serions là devant une forme particulière de colinéarité où l'un des éléments à réunir serait absent de l'image tout en étant présent à notre esprit.

 

 

 

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