Passerelles, Bercy, 2007.
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PLANSITE-----SITEMAP----

 

Vous êtes sur la passerelle Simone de Beauvoir, et avant que d'arriver là où il fait beau voir la Seine qui coule, lente et paresseuse, vers le pont Mirabeau, vous devez déjà enjamber l'égout pétaradant qui, nuit et jour, verse et déverse ses étrons motorisés de la ville capitale. Observant alors la chaussée, vous apercevez une première barrière formée de croisillons métalliques qui protège les piétons du flot ininterrompu de véhicules, tandis que la seconde barrière composée de barres verticales empêchera ces mêmes piétons de tomber sur le quai piétonnier de la Seine situé quelques mètres en contrebas.
Voilà, c'est donc ce que vous pourriez croire en regardant cette photographie du réel, induit ou pas en erreur par le commentaire tendancieux d'un photographe mensonger. Car, observant maintenant la photo suivante, vous reconnaîtrez la duperie dont vous avez été l'objet. Cette photo est, au pixel près, la même que la précédente, si ce n'est qu'après avoir subi une rotation de 180°, elle est cette fois présentée dans le bon sens. Ainsi, ce que vous preniez pour le réel était son ombre portée, tandis que le réel faisait figure d'ombre. Un ou deux détails permettent de nous y retrouver. En premier lieu, nous pouvons apercevoir à travers les barres verticales situées dans le coin supérieur gauche l'escalier qui conduit au quai. En second lieu, alors que trois ou quatre petites tâches faisaient creux sur le trottoir de la photo précédente, nous voyons maintenant des cailloux formant bosse. Cette illusion bien connue des ombres qui par leur emplacement donnent lieu à une vision concave ou convexe d'éléments du réel est intéressante en ce qu'elle ne nous a pas été d'un grand secours pour voir le piège de la première version.

 

Passerelle-1

 

Les ombres mettent généralement en évidence les creux et les pleins. Beaucoup d'images renversées tête-bêche (comme celle qui est présentée ci-dessous) montrent l'importance de la direction des ombres. Le principe est simple : supposant que la lumière, qu'elle soit naturelle ou artificielle vient du haut, nous acceptons sans rechigner que les ombres propres se situent en dessous des éléments qui les fondent. Ainsi, à appliquer cette règle, le renversement de certaines images veut que nous passions sans réfléchir du concave au convexe et du convexe au concave.

 

deux-disques
 

À l'évidence, le mécanisme décrit précédemment ne s'applique pas à la photo qui nous intéresse. Le fait est que nous sommes en présence d'ombres portées, qui, habituellement, se contentent de déformer les objets dont elles portent la trace au sol. Il se trouve pourtant que, par une explicable mais bien improbable coïncidence, cette photo a été prise à une heure de la journée et sous un angle de vision tel qu'ici les ombres imitent, dupliquent et reproduisent les objets. Tandis que l'heure de la journée attribue une longueur égale à l'ombre et à l'objet, l'angle de vision choisi induit la perception de leur perpendicularité que le retournement de l'image perpétue.
C'est ainsi que nous en arrivons au paradoxe suivant : les ombres portées peuvent nous tromper au moment même où elles rendent le mieux compte de la réalité.

 

WEBOGRAPHIE

http://blog-ilusionario.blogspot.com/2007/12/el-triunfo-de-las-sombras.html
Cette photo de dromadaires traîne sur le web depuis longtemps. Si vous n'y prêtez pas attention, vous pourriez confondre l'ombre de la réalité et la réalté de l'ombre.

 

 

 

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