Nouveau design, Vincennes, 2007.
Poubelle-2
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PLANSITE-----SITEMAP----

 

Voici le nouveau tabouret, léger, aérien, solide, économique dessiné par Matali Crasset, ou Philippe Starck, que les passionnés de modernité vont s'arracher. Avec de la tôle et de la grille, le designer a enfin trouvé le tabouret aux cent qualités : empilable, résistant aux vers à bois et aux coups de scie, assurant aux fessiers les plus larges une assise stable et aux plus menus une surface suffisante. Qui plus est, cet objet est comme il se doit multifonctionnel. En choisissant un treillis métallique inférieur à la taille d'une mouche à merde, vous pourrez l'utiliser comme cloche à fromage ou parc à bébé. Vous pourrez protéger vos plantes des griffes du chat et votre chat du chien des invités. Enfin pour couronner le tout, en renversant cet objet cul par dessus tête vous obtiendrez la poubelle parisienne classique, modèle 1950, qui, ignorante des plastiques modernes, ne pourra finir en flaque de plastique carbonisée sous l'effet du briquet d'adolescent pyromane ou de la cigarette mal écrasée d'un invité du samedi soir.
Mais tout le problème est là, car, en dépit des trompeuses apparences, vous n'êtes pas en présence du parfait prototype de tabouret évoqué plus haut, mais de l'ombre renversée d'une poubelle parisienne des années 50. Il est vrai que la présence du sol et la prise de vue qui place tête en bas l'ombre de l'objet à l'origine de ce graphisme dessiné sur le sable de l'allée ont pu corrompre votre jugement. Ainsi, confondant le creux et le plein, la base et le sommet, vous avez mal apprécié les orientations. Pourtant, forçant votre attention, vous pouvez retrouver l'original de cette ombre portée au sol : la base est l'ouverture perçue en contre-plongée de la poubelle métallique dont le pied se situe dans le hors-champ supérieur de l'image. Et, pour les réfractaires à cette vision des choses, il suffira de renverser l'image tête-bêche pour enfin admettre l'évidence (ci-dessous), tout en sachant que cette photo là n'aurait pas été possible, puisque l'ombre du photographe aurait alors recouvert celle de la poubelle.

 

Poubelle-1

 

Mais sous cet angle, la photographie est tout aussi difficile à rendre compte de son équivoque. Si je vois bien la poubelle en vue plongeante, j'éprouve toujours autant de difficultés à imaginer la seconde interprétation : celle qui évoque un panier de basket perçu en contre-plongée. Ainsi, face à cette figure réversible, qui rappelle fort le Cube de Necker, la réversibilité n'est pas égale. Peut-on encore parler de réversibilité et comment expliquer une réversibilité qui apparaît seulement lorsque l'image est retournée ? C'est qu'ici, à la différence du Cube dont le volume flotte dans un espace indéterminé, nous avons un contexte. Et, en dépit de sa monotonie, le sol marqué des innombrables empreintes de chaussures du parisien qui s'en va au bois suffit à imposer une orientation à notre vision. Regardant le sol, nous ne pouvons avoir qu'une vue en plongée sur l'objet placé là. C'est ainsi que l'ombre de la poubelle dont l'ouverture était dirigée vers nous s'est transformée en un tabouret vertical, bien campé sur ses appuis.

 

 

 

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