Taj Mahal, Inde, 1995.
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PLANSITE-----SITEMAP----

 

Vous avez sous les yeux un coin du Taj Mahal, de marbre blanc et de pierres incrustées. Une colonne d'angle se retrouve enchâssée entre deux panneaux décoratifs, qui reprennent en partie certains de ses motifs géométriques. Pourtant en dépit de l'identité du décor, la perception que nous avons de ces formes diffère du tout au tout. Alors que les lignes brisées de l'encadrement des panneaux respectent la planéité du mur, celles de la colonne s'attaquent à la volumétrie de son fût. Une vision superficielle de l'image peut en effet nous conduire à voir un fût de colonne composé de six facettes plissées en accordéon. Pourtant, à regarder la base de la colonne, nous sommes bien obligés d'admettre que celle-ci est constituée de trois faces, tout au moins pour ce que nous pouvons en apercevoir. Ce sont donc ces lignes brisées qui, en ces surfaces particulières, disposées de cette façon là, en cet endroit du monde, donnent à voir une réalité qui n'existe pas.
Le phénomène est bien connu des psychologues occidentaux, qui longtemps après la construction du mausolée moghol ont découvert cette illusion. Nous avons là une répétition du motif du
Dièdre de Mach (figure ci-dessous). Mais si la figure de Ernst Mach est véritablement réversible (à savoir toile de tente vue en plongée ou livre ouvert posé à la verticale), le décor de la colonne ne l'est pas.

 

Dièdre-de-Mach

 

Nous avons en effet le sentiment de percevoir des creux sur le fût de la colonne, où il est quasiment impossible d'imaginer des surfaces convexes. La perspective permet d'expliquer ce manque de réversibilité : des saillants devraient logiquement nous empêcher de voir la moitié éloignée du motif (l'oblique finale) sur les deux parois latérales et biaisées du fût de la colonne. Ainsi, en cette image où la figure de Mach est appliquée à un volume, l'équivoque des perceptions n'est plus celle du Dièdre. Nous hésitons maintenant entre la réalité des surfaces planes des facettes du fût et leur illusoire concavité due à la présence d'un anguleux motif géométrique.

Ainsi, malgré l'écart des siècles, en dépit de l'écart des genres, des matières, des fonctions, des pays, des peuples et des climats, nous retrouvons la problématique du Volet métallique parisien (ci-dessous). Ce qui paraît convexe ou concave n'est somme toute que plan : la profondeur illusoire des orientations que nous avions perçue est absente de la platitude de la réalité que nous ne voulions pas voir.

 

volet fermé gauche

 

 

 

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