Faible et fort, 42x29,7cm, feutre,
Bédé : "Faible et Fort".
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PLANSITE-----SITEMAP----

ANALYSE

Cette fois l'opposition concerne toute une phrase. Ainsi, en lieu et place de la juxtaposition de concepts contradictoires de la planche précédente, Jour et nuit, nous avons la confrontation de deux relations opposées : l'une où l'homme se sent fort en dépit d'une apparente infériorité physique : "Même quand je suis faible, je suis fort", et l'autre ou la situation est inversée : "Même quand je suis fort, je suis faible".
Mais cette description ne suffit pas à épuiser l'aspect paradoxal de cette page. Car, si l'image illustre bien deux situations contraires, leurs légendes sont déjà, en-soi, paradoxales. Paradoxe qui émane d'une figure de rhétorique que
Bernard Dupriez (voir la Biblio du langage) nomme "alliance de sentiments" et qui n'est somme toute qu'une oxymore appliquée à une phrase entière. Pourtant comme le montrent bien les citations littéraires choisies par cet auteur, les contradictions apparentes générées par cette figure de rhétorique se résolvent et s'expliquent dans et par le cours du récit. Ici, ce n'est pas tant le texte que l'image qui permet de résoudre ces assertions paradoxales. Encore une fois, l'image ancre le texte.
Une autre problématique qui relève de la technique de la bédé est, elle-aussi porteuse d'incertitude. Dans une légende, le narrateur parle habituellement de l'extérieur et à la troisième personne. Pourtant,
Plein et transparent utilisait déjà un narrateur extérieur parlant à la première personne, comme ces romans où sujet de l'énoncé et sujet de l'énonciation ne font qu'un. Mais le sentiment d'auto-observation qui en découle tourne ici au délire, lorsque nous nous apercevons que l'actant masculin censé vivre ces deux situations contraires diffère d'une case à l'autre.

 

 

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