Un prince et un yogi,
Miniature indienne, "Un prince et un yogi", gouache sur papier, Murshidabad, 1750-1775.
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Juillet 2013

Avec ce yogi accroupi sur une terrasse, nous rencontrons une nouvelle fois l'impossibilité qu'il y a d'accéder au monde des saints et des saddhus. Car si un prince converse avec cet être à l'évidence empli de spiritualité, comment pourrions-nous, nous, pauvres humains, accéder à cette terrasse ? Nous devrions emprunter cet escalier. Soit, mais quel bipède, normal et ordinaire, pourrait emprunter cette voie ?
À regarder de plus près l'escalier, vous devrez convenir qu'il est infranchissable, infranchissable car incohérent en son dessin. Nous retrouvons tout d'abord l'alignement incohérent vu précédemment avec l'escalier de la
miniature de Lucknow . La base de la première marche est placé sur la même horizontale que le coté de l'escalier. Cet alignement équivoque, comme tout alignement tend à aplatir le rendu de la profondeur. Ainsi, à masquer de la main, la moitié supérieure de l'élément, vous n'obtiendrez que platitude et frontalité., tandis qu'à masquer la moitié inférieure, le volume réapparaît, représenté et perçu en perspective cavalière.

 

Détail d'une miniature indienne, "Un prince et un yogi", Murshidabad, 1750-1775.

 

Mais, à la différence de la miniature de Lucknow, cet escalier présente une deuxième alignement tout aussi incohérent. Nous avons là un alignement vertical du coté gauche des différentes marches et contremarches. Ainsi, tandis que la moitié droite de l'escalier esquisse une profondeur, il est vrai bien incertaine en raison de l'absence de la représentation du sommet des marches, la moitié gauche assume un aplatissement total de sa surface. En masquant la moitié droite, les marches semblent former un seul et même plan vertical divisé en trois bandes horizontales. De ce coté là, si nous percevons bien un volume en dépit d'une base totalement rectiligne, l'escalier devient une niche de chien, niche dont le coté serait formé de trois planches superposées en hauteur. Voilà ainsi, comment un alignement vertical en arrive à aplatir l'espace de la représentation.

À la différence d'autres miniatures indiennes ou de quelques estampes japonaises qui avaient donné lieu à des croquis et dessins personnels, cette miniature, connue récemment, n'est pas à l'origine du dessin présenté ci-dessous.

 

Figure ambigue par alignement équivoque, "Escalier aux trois blocs", encre, 1993.

 

Pourtant, ce pseudo escalier reprend, à sa manière, le principe de l'alignement vertical pour aplatir l'image. Alors que la moitié droite du dessin présente un escalier ordinaire, la moitié gauche renie cette profondeur. Pour cela, ce n'est pas tant l'alignement discontinu des arêtes des angles des trois blocs qui importe, que l'alignement continu de leurs arêtes arrières. Là, à la manière de la miniature indienne, une seule verticale suffit à détruire l'illusion de la profondeur. C'est ainsi que l'alignement équivoque, principe plastique utilisé par certaines illusions d'optique, en arrive à remettre en cause la profondeur illusoire des perspectives fuyantes ou parallèles.
Mais n'oublions pas que nous restons, avec cette image, dans le domaine de l'ambigu. Il serait tout à fait possible de photographier trois blocs croissants et contigus placés de telle manière que, d'un point de vue unique et précis (celui offert par le dessin), nous ayons la vision d'un alignement vertical de leurs arêtes arrières. À l'impossible, nul n'est tenu.

 

ICONOGRAPHIE
Un prince et un yogi, 18,3x12,3 cm., gouache sur papier, Murshidabad, 1750-1775.
Escalier aux trois blocs, 24x32 cm., encre sépia, 1992-1993, (voir le dessin et l'analyse).

 

 

 

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