Miniature du "Livre de la chasse de Gaston Phoebus, Comte de Foix",  XVème.
Miniature du "Livre de la chasse de Gaston Phoebus, Comte de Foix",  XVème.
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Juillet 2013

UNE MINIATURE À SUPERPOSITION INVERSÉE

Avec cette miniature française, nous avons un très bel exemple de superposition inversée. Ce principe plastique utilisé à dessein dans les figures dites impossibles au XXème siècle, a parfois été employé à des époques et dans des cultures diverses pour des fins qu'il est souvent difficile de cerner.
Commençons par repérer l'erreur de superposition. Un cavalier suit son valet qui, dans une forêt aux arbres gothiques, diminués et dispersés, et aux rochers hérités des icônes byzantines, tient en laisse un chien en quête de gibier. Si le cavalier tient bien sa monture, sa monture ne suit pas la bonne et juste voie graphique. Expliquons-nous En de nombreux systèmes de représentation, que ces derniers soient archaïques, classiques ou modernes, plus un élément s'élève dans la hauteur de l'image, plus il s'éloigne de nous. L'étagement des formes permet ainsi de définir l'éloignement. Mais, pour juger ce principe, nous devons observer le contact de la base des éléments avec le sol. Ici, les deux sabots droits du cheval sont légèrement plus bas que la base du tronc. Ainsi, à suivre la règle, ce cavalier pourrait tout autant traverser le tronc de l'arbre, que posséder une monture concave qui possède l'art de s'enrouler autour des arbres. La logique de l'étagement aurait voulu que la superposition se fasse dans l'autre sens et que le cheval recouvre l'arbre.

Ainsi, plutôt que de superposition inversée, nous pourrions tout aussi bien parler de faux recouvrement. Le recouvrement étant un autre moyen plastique qui permettait aux systèmes de représentation archaïques de mettre en place une profondeur. Ainsi avec cette Scène de prothésis datant du VIème siècle avant J.-C.., le peintre de ce vase à figures noires crée un espace par le simple recouvrement des personnages et des objets. Ici, nul besoin de perspective, ni même d'étagement. Le sol étant en cette image représenté par une simple ligne, seul le recouvrement est à même d'établir un échelonnement des plans.

 

Groupe de Burgon, "Scène de prothésis", 560-550 av. J.-C., Athènes.

 

AUTRES TEMPS, AUTRES MOEURS

Cette miniature européenne n'est pas sans rappeler une miniature indienne de Golconde présentée sur le site. Mais tandis que le miniaturiste français montre son incapacité à représenter un espace cohérent, l'indien utilise la superposition inversée pour évoquer, non sans humour, une mystique qui nous éloigne des contingences terrestres. Ici, le faux recouvrement peut laisser entendre que la femme en prière s'élève dans les airs, que sa méditation la fait entrer en lévitation.

 

Miniature indienne, "Femme et vache sacrée", royaume de Golconde, XVIIème.

 

BIBLIOGRAPHIE
Le livre de la chasse de Gaston Phoebus, Comte de Foix, Productions Liber, FRIBOURG, 1978 et Éditions Minerva, GENÈVE, 1984.
Miniatures orientales de l'Inde, texte de Jean Soustiel, catalogue d'exposition du 14 Au 25 Mai 1973, Éditeur Legueltel, ISBN 285252001X.
 

ICONOGRAPHIE
Anonyme, Femme et vache sacrée, tempéra sur papier, royaume de Golconde, XVIIème siècle.
Groupe de Burgon (attribué au), Scène de prothésis, ~560-550 av. J.-C., plaque funéraire à figures noires, 9x44 cm, musée du Louvre.
 

 

 

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