MAGRITTE René, L'assassin menacé, huile
MAGRITTE René, "L'assassin menacé", huile sur toile, 1925.
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Juillet 2013

À ses débuts Magritte ne maîtrisait pas encore les aplats, les modelés et le jeu des ombres et des lumières qu'il a su si bien utiliser plus tard. Mais, certaines de ces maladresses peuvent servir le propos du site. L'assassin menacé présente en effet une torsion de plan que vous allez avoir à chercher et que bien peu verront.

Regardez maintenant l'épaisseur gauche du mur qui sépare Dupont et Dupont de l'assassin mélomane. Si vous masquez la base de l'image, vous verrez, comme ci-dessous, une bande verticale frontale qui sépare deux surfaces de la même couleur, si il n'y avait un dégradé malheureux qui, juste avant l'arête arrière, ne venait transformer cette surface plane en demi-colonne enchâssée. Ici, seule la fuyante du plafond vous informe de la profondeur et de l'orientation des plans. Dès que vous masquerez de la main cette encoignure, tout deviendra plat (ormis l'arrondi de la colonne) et frontal.
 

MAGRITTE, "L'assassin menacé", détail n°1.

 

Le bas de ce mur est, quant à lui, beaucoup plus loquace. Dès que vous franchissez le niveau du gourdin, plusieurs fuyantes, viennent vous rappeler que vous avez là un plan fuyant vers l'infini. Ainsi, votre regard passant de la base au sommet et du sommet à la base aura à subir la vision d'une torsion incompréhensible d'un plan. Cette bande marron paraîtra torse à plus d'un. Nous sommes sans doute redevable de ce conflit des orientations d'un plan au jeu des couleurs et du dessin. Alors qu'au sommet, un aplat de couleur quasi uniforme semble traversé par une bande d'un marron uni et régulier, à la base, la convergence des différentes fuyantes entraîne cette même bande vers l'infini
 

MAGRITTE, "L'assassin menacé", détail n°2.

 

Les quelques curieux, qui auront regardé l'ébrasement droit de l'ouverture, auront été surpris de ne pas retrouver le même sentiment de torsion d'un plan avec l'épaisseur droite. Plusieurs raisons peuvent expliquer cet écart. En premier lieu, alors que l'ébrasement gauche semble d'une couleur uniforme, celui de droite passe d'un blanc rosé vers le bas à un blanc, qui, bien que paraissant étincelant, est en certains endroits maculé de gris vers le haut. Paradoxalement, ce dégradé, au lieu de susciter la torsion, marque la différence d'éclairage que cette surface reçoit, tandis que l'uniformité du plan gauche, en niant ces variations naturelles, joue le jeu de la surface. En second lieu, à droite, le mur de l'entrée est légèrement plus foncé que le mur de la pièce principale éclairé par le fenêtre, alors qu'à gauche, la quasi uniformité de valeurs des deux murs tend à les placer à une même distance et sous une même orientation.

ADDENDUM
Une torsion similaire peut être ressentie dans une
miniature moghole, et aussi dans une estampe japonaise de Hiroshige. Certains penseront alors que la torsion de plan semble être un phénomène propre à l'image, tandis que d'autres l'attribueront plus simplement à la perception humaine, faillible et tout simplement humaine.

 

 

WEBOGRAPHIE
http://www.wikipaintings.org/en/rene-magritte/the-menaced-assassin-1927
L'assassin menacé, 1927, oil on canvas, 150.4 x 195.2 cm, Museum of Modern Art, New York.

 

 

 

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