Crâne, Echou-Boulains, 2005.
"Crノne", silex d'un mur en forme de crノne.
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PLANSITE-----SITEMAP----

 

Longtemps, j'ai habité cette ancienne ferme briarde. J'y ai passé ma jeunesse de "parigot tête de veau", surnom dévolu au parisien égaré dans cette campagne alors profonde, par des écoliers en blouse grise aux doigts tachés d'encre bleue. Gamin, j'allais souvent contempler ce silex enchâssé dans la chaux du mur de la pièce dite du fond, ancienne grange reconvertie en logis annexe et indépendant. Je devais sans doute y reconnaître le crâne qui, habitant sous ma peau, attendait la victoire finale : sa résurrection triomphale lors d'un jugement dernier, universel et obligé, que le curé en soutane noir de corbeau de mauvais augure, ne manquait pas de nous rappeler.
Mais c'est aussi sur ce même mur que mon père, délaissant chaque fin de semaine la capitale bitumée et réglementée, pouvait enfin se permettre de venir pisser en plein-air, le nez au vent, les couilles à l'air.
Ici, une pierre, innocente comme l'agneau qui vient de naître, prend donc forme humaine, ou à dire mieux cadavérique. En cela, nous pouvons voir là une double-image : la première parlerait de la vie des pierres tandis que la seconde évoquerait la mort des hommes. Ainsi, nul besoin de faire du
Poussin d'après la nature puisqu'Et in Arcadia ego.

Avec cette image, nous sommes toujours dans le domaine de la reconnaissance formelle. L'équivoque nous demande cette fois de choisir entre la vue d'une pierre et celle d'un crâne. Mais à la différence de l'Oiseau et du Lapin précédents, nous pouvons trouver ici une modification des relations spatiales, telle que nous l'avions vue avec La jeune fille et la vieille femme (bas de page de l'Oiseau). Ainsi, pour passer du silex taillé au crâne imaginé, nous sommes obligés de modifier l'orientation du plan concerné, de voir le volume d'une boite crânienne là où il n'y a que platitude de caillasse.

 

 

 

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