Noir & Balladur, journal Libération,
"Noir et Balladur, 1", photo ネ renverser.
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PLANSITE-----SITEMAP----

 

Est-ce que changer l'orientation haut-bas ou gauche-droite d'une image dans un plan strictement frontal peut altérer ses relations spatiales et, ainsi, participer à ce site qui ne s'intéresse qu'aux figures qui travaillent l'espace ?
Cette photo parue, il y a déjà une éternité, dans le journal
Libération pose la question. À la manière de Dali et de sa carte postale d'un village africain tournée à 90° pour devenir un visage cubiste :
http://www.virtualdali.com/35ParanoiacVisage.html
cette photo m'a laissé entrevoir une autre image. Ainsi, j'ai vu apparaître, je ne sais plus quand, je ne sais plus comment, un personnage, mi-martien, mi-robot, quand le journal ouvert à cette page était placé sous un angle qui n'autorisait plus la lecture de ses lignes.

 

"Noir et Balladur, 2", photo ネ renverser. 

En procédant à la rotation à 90° dans le sens des aiguilles d'une montre de cette image, le quidam moyen, qu'il soit dessinateur, photographe ou mathématicien, vous dira donc que vous en modifiez quelque chose. Mais ici, ce quelque chose n'est pas tant l'orientation, qui n'est qu'un moyen, que la signification : le nouveau récit, jusqu'alors caché, perdu, dissimulé, auquel vous parvenez enfin. Pourtant, bien que la figuration soit totalement différente, le changement d'orientation du plan frontal ne modifie guère les relations spatiales de l'image. Ainsi, en lieu et place d'une forme pliée à angle droit (les bras de l'homme politique et leur reflet ), nous obtenons une forme presque plane au relief peu marqué (l'extra-terrestre). Pourtant, ici, cela ne joue guère puisque ce martien pourrait, lui-aussi en tant que forme purement imaginaire, être plié en deux à la verticale. Ce n'est donc pas tant l'orientation qui prime en ce type d'image à retourner que la reconnaissance formelle : tout dépend de l'écart spatial qui sépare la forme de départ de la forme retournée.
Pour le psychologue de la perception, l'écart est énorme en ce que ce ne sont pas les mêmes zones neurales qui sont au travail. Pour images retournables, les détecteurs de verticales et d'horizontales sont déterminants. Dans le cas qui nous intéresse, ces détecteurs de bas niveau vont donner le cadre dans lequel nous allons chercher et construire l'image. Et si notre système perceptif n'a que rarement l'occasion de changer l'orientation de sa vision du réel, cela devient beaucoup plus facile avec une image imprimée (carte postale, journal,...).

Mais reste à savoir le mécanisme plastique qui régit ce type d'image. Nous avons là une superposition équivoque, qui, à la manière des Femmes (ci-dessous), réunit deux formes différentes à l'intérieur d'une même silhouette. Et, tout comme les Femmes (voir analyse), cette superposition équivoque retournable modifie peu les relations spatiales de ses éléments. Seul écart vraiment important, nous n'avons plus tant à modifier l'échelonnement des différentes parties de l'image, qu'à changer l'orientation d'ensemble de l'image pour apercevoir la seconde interprétation. Ce que certains artistes (Dali), dessinateurs de bande dessinée (Gustav Verbeek, voir rubrique Webo), ou créateurs d'ambigrammes (Scott Kim, voir rubrique Webo) avaient compris depuis longtemps.

 

Ma femme et ma belle-mマre", Hill, 1905. 

 

 

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