THÉORIE

"Qu'est-ce que la superposition équivoque ?"


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La superposition équivoque est un des trois principes plastiques qui peuvent donner lieu à des figures ambiguës. Cette catégorie concerne les figures où des formes, pourtant différentes, possèdent des contours identiques, qui font que leurs images se recouvrent parfaitement. Faute d’un espace suffisamment défini, ces images nous font donc hésiter entre au moins deux lectures successives de leur tracé. Les figures dites réversibles font partie de cette catégorie, en ce que leurs images parfaitement superposées nous font passer incessamment d’une lecture à une autre. Afin d’illustrer cette catégorie, nous allons prendre comme exemple plusieurs figures connues depuis longtemps.

A. LE PARALLÉLOGRAMME

Selon son orientation supposée dans l’espace, une même surface peut donner lieu à des significations différentes. Le contour du Parallélogramme aboutit ainsi à plusieurs interprétations : un parallélogramme frontal, un premier rectangle fuyant vu en plongée ou un second perçu en contre-plongée. Ainsi, à la différence du contact et de l’alignement ambigus qui travaillent l’échelonnement des plans, la superposition équivoque rend surtout incertaine l’orientation des formes dans l’espace. De plus, cette catégorie de l’ambigu ne remet pas en cause les relations spatiales réciproques d’éléments. Et cela pour une raison simple : la superposition équivoque n’utilise que des figures uniques.

 

Ambigu du parallélogramme.

 

B. LE CUBE DE NECKER

Avec ce grand classique des illusions d’optique qu’est le Cube dessiné par Louis Albert Necker, nous abordons l’équivoque des volumes.

 

Figure réversible : "Cube de Necker".

 

Nous avons là deux visions différentes du tracé de ce cube. L’une le présente en plongée, tandis que l’autre le montre en contre-plongée. Pour passer de l’une à l’autre, nous devons inverser l’échelonnement des plans frontaux en même temps que l’orientation des plans obliques, ce qui fait que ces figures sont dites réversibles.

 

Figure réversible : "Cube de Necker", interprétation 1.Figure réversible : "Cube de Necker", interprétation 2.

 

C. MA FEMME ET MA BELLE-MÈRE

Cette caricature a été réalisée par un certain Hill pour le magazine Puck en 1915. Comme tout un chacun, vous aurez du mal à repérer le deuxième personnage féminin de l’image. Mais sachant que la superposition équivoque travaille l’orientation des plans et des masses, vous avez à trouver un visage de vieille femme tourné de trois-quart vers nous, et un autre de jeune femme qui se retourne vers l’arrière. Nous pourrions croire que cette image ne traite plus des relations spatiales mais de la reconnaissance formelle, puisque l’ensemble de l’image et certains de ses éléments (tel la bouche de la vieille devenant le ruban du cou de la jeune) changent de signification. Mais cette mutation des significations est obligée d’en passer par une modification des orientations.

 

Double-image : "Ma femme et ma belle-mère", Hill, 1915.

 

D. PHOTOGRAPHIER UNE SUPERPOSITION ÉQUIVOQUE : LE DIÈDRE

Il est assez rare de trouver à l’état naturel des superpositions équivoques. Le mieux est encore de reprendre une figure connue très facile à reproduire dans le réel. En pliant une feuille blanche en deux et en la posant sur une surface uniforme et neutre, vous obtiendrez le Dièdre de Mach. En regardant ensuite ou en photographiant votre pliage, vous hésiterez entre la vision d’une toile de tente s’éloignant à l’horizontale ou d’un livre ouvert posé à la verticale sur un bureau. À la manière du Cube de Necker, l’atteinte portée à l’orientation des surfaces entraîne une modification de l’échelonnement des formes dans l’espace. Le problème étant de savoir si ces deux parallélogrammes s’éloignent dans la profondeur de l’espace ou se dressent dans sa hauteur.

 

Figure réversible : "Dièdre de Mach", croquis.
 

Pourtant, alors que le contact et l’alignement ambigus aplatissent l’espace de la représentation, la superposition équivoque se contente d’en modifier l’orientation. La superposition équivoque n’opèrerait donc qu’une critique mineure de la perception et de la représentation. Car si la présence d’orientations contradictoires atteint l’unité de l’espace, cette situation ne remet pas en cause le but ultime de ces deux systèmes : créer l’illusion d’un espace tridimensionnel à la surface de la feuille ou de la rétine. Mais, comme nous venons de le voir avec le Dièdre de Mach, une orientation incertaine n’est pourtant pas acceptable. Cette instabilité porte en effet atteinte à la capacité de l’espace perçu ou représenté à rendre compte des formes qu’il contient. Tant le monde que l’image sont supposés posséder un espace sûr et cohérent autorisant une présentation univoque des formes. En passant d’un espace régulé à un autre incertain, la présence et la nécessité d’un système sont alors révélés : système de la perception dans le cas de la vision du monde, et de la représentation dans celui de la compréhension de l’image.

 

NOTA BENE
Je dois encore une fois manger mon chapeau. Il n'est pas si rare de rencontrer dans le réel des superpositions équivoques. Voici quelques photographies qui devraient vous en convaincre :
Le volet parisien avec Le temple de Marib et Le Taj-Mahal, mais aussi le Passage Turquetil avec le Mach à Roscoff la Porte pliée, les Barrières de Mach et les Grilles de Mach

 

 

 

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