ARTICLE |
"Mensonges des proverbes" |
||||
|
|
||||
Avril 2011 PROVERBIALITÉ DES PROVERBES La proverbiale vérité des proverbes n'a jamais cessé de me hanter. Tel l'oiseau tombé du nid, je me demandais comment des textes, aussi courts et aussi anciens, pouvaient encore s'appliquer à la vie moderne avec un tel bonheur et, parfois, tout autant de malheur. Nous pouvions ainsi avoir le sentiment que nos ancêtres, tels des parents sortant de leur silence de mort, continuaient à observer nos faits et gestes, afin, par ces conseils venus d'outre-tombe, de nous guider dans les aléas d'une vie qu'ils avaient connue et qui les avait abandonnés. Pour échapper à l'étouffante vérité d'ancêtres tout-puissants revenus d'ailleurs, chacun d'entre nous en est arrivé à se construire un certain nombre de rationalisations. Voici quelques unes de ces justifications : MENSONGES DES PROVERBES Mais, si cette pensée magique peut bien calmer nos angoisses de vie, il faudra trouver d'autres rationalisations, plus rationnelles celles là, pour satisfaire une pensée intellectuelle qui se contente, quant à elle, d'atténuer nos angoisses de mort. C'est ainsi que je me suis rappelé une anecdote apprise sur le tard. Je vais vous raconter l'histoire bien connue de la voyante qui voit, la voyante qui prédit, en chaque occasion et sans coup férir, le vainqueur des élections présidentielles. Avant le deuxième tour, la voyante va déposer chez un huissier et sous pli cacheté, le nom de l'un des deux candidats. Puis, allant chez un autre huissier, elle y déposera, toujours sous pli cacheté, le nom du second candidat. Après l'élection, il lui suffira de ne pas se tromper d'huissier.
PROVERBES AUX MENSONGES Il ne faut jamais remettre au lendemain ce que l’on peut faire le jour même,
Qui a deux maisons perd la raison,
On sait ce que l’on quitte, on ne sait pas ce que l’on gagne,
A l’impossible nul n’est tenu,
Mieux vaut tenir que courir,
Bien mal acquis ne profite jamais,
Entre deux maux, il faut choisir le moindre,
Un tien vaut mieux que deux, tu l’auras,
THÉORIE DU MENSONGE DES PROVERBES Si les textes présentés ci-dessus montrent l'opportunisme éhonté des proverbes, nous avons à comprendre le mécanisme qui leur permet d'incarner une pertinence et une sagesse qu'ils ne possèdent pas. Le paradigme relève du fond de la langue en ce qu'il travaille in absentia. Les occurrences non retenues n'ont pas à apparaître dans le fil du discours : le syntagme. Avec ces proverbes contradictoires, la seconde proposition paradigmatique, qui aurait dû rester cachée, vient contredire la première proposition qui relevait, avant cette arrivée inopportune, de la figure en tant que syntagme (le supposé discours normal, logique et visible). En cela nous aurions là un faux contact (la réunion de deux propositions contraires) de la figure et du fond (une proposition relevant du syntagme, tandis que la seconde surgit du hors-champ paradigmatique). En suivant ce lien, vous pouvez consulter d'autres faux contacts de la figure et du fond. De plus, sur cette même page, vous pourriez trouver une figure de la rhétorique classique, qui semble adaptée à ces textes. C'est ainsi que Bernard Dupriez pourrait considérer ces associations de proverbes comme relevant de l'antilogie. L'antilogie (p. 53 de son livre) est la figure du discours qui exprime une contradiction entre les idées. Et comme exemple d'antilogie, Dupriez cite Henri Michaux : Même si c’est vrai, c’est faux. (dans Tranches de savoir). MEA CULPA En cherchant des sites consacrés aux proverbes, je suis, malheureusement pour moi, tombé sur une page de Wikipedia qui disait longtemps avant que je ne l'avance en introduction ce que je croyais avoir inventé :
WEBOGRAPHIE BIBLIOGRAPHIE
|
|||||
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |