Balcons, rue Elzévir, Paris, 2006.
Balcon de la rue Elzevir, 2.
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PLANSITE--------SITEMAP----

 

Certains parisiens peu scrupuleux profitent du beau temps qui règne parfois en Île de France, pour agrandir, de manière tout à fait licite (en ce qu'elle respecte les normes de construction autorisées), mais de façon tout à fait illusoire (en ce qu'elle ne respecte pas la réalité matérielle du bâti), leur balcon. Ainsi, de leur point de vue, ces citadins pourraient très bien installer un hamac ou bien encore inviter un ami pour prendre l'apéritif sur leur nouvelle terrasse. Accoudés à la balustrade, ils peuvent alors contempler, d'un oeil ironique émanant d'un regard supérieur, le piéton hagard, éberlué par les dimensions pharaoniques du balcon attenant à ce petit appartement sis dans le marais. Seulement, bien avant que minuit n'en ait fini d'égrener ses coups, dès le coucher du soleil, le carrosse redeviendra citrouille et la grenouille éclatera devant le boeuf.
Ce que nous avons pris pour un balcon n'est que le résultat d'une illusion qui combine le réel et ses ombres. D'où nous sommes, et seulement de cet endroit là à ce moment là, un alignement fortuit unit le long d'un même tracé la ligne de base réelle et latérale du ressaut de la fenêtre et celle de son ombre portée sur le mur. Ombre qui en raison du soleil déclinant atteint, en cette heure propice, une longueur démesurée. Car vous l'aviez bien compris, il n'y a pas là plus de balcon que d'ex- maire parisien nageant dans la Seine.
Pourtant, ici quelque chose se joue, qui diffère des ombre vues précédemment. Alors que les ombres de la
porte de Montreuil ou celle du quartier du Plateau aplatissaient les angles et, en cela, la profondeur suggérée, celles-ci créent du volume, un volume illusoire, fictif et inexistant. Si nous savons bien que les ombres déforment, nous devons encore admettre qu'elles peuvent, dans leur processus de désorganisation du réel, faire une chose et son contraire : aplatir et approfondir.

 

ADDENDUM ET ADDENDI

Loin du centre ville de la capitale, d'autres constructeurs imaginaires sont à l'oeuvre. Mais, à Bondy le problème ne se pose pas dans les mêmes termes. C'est que la population de ces quartiers n'a pas les mêmes besoins que la bourgeoisie parisienne. Ainsi, plutôt que de bronzer sur leur balcon, les classes ouvrières à la progéniture galopante, préfèrent transformer cette surface ombrée en parc à bébés. Nous avons là, en ces espaces aménagés à peu de frais, le lieu où grandissent les futurs incrustes de cages d'escalier, squatters de caves H.L.M., teneurs de murs de béton, dont le destin n'aura jamais consisté qu'à passer inlassablement d'une cage à l'autre.

 

Balcon de Bondy

 

 

En d'autres localités, les ombres des balcons se révèlent totalement différentes. Selon le bâtiment, l'effet obtenu par le jeu de l'alignement peut donner lieu à de toutes autres interprétations. Ainsi, la façade de ce bâtiment classique ne peut, à l'évidence évoquer la progéniture galopante évoquée plus haut. Ici, nous sommes plutôt confrontés à l'importance sociale du petit notable de la province d'Avila, qui, ayant habité ce lieu, laisserait désormais à son ego défait et défunt le soin de le hanter.

 

Balcon d'Avila à l'ombre portée immense.

 

 

Bien que tordu par les ans, ce balcon sicilien semble inviter les passants à une partie de cartes. Mais vous y seriez bien contraints, condamnés selon les cas à la patience ou à la bataille, en ce que, faute de place au soleil, bridge et belote y sont impossibles, à moins que vous ne vouliez partager votre chaleur et votre jeu avec les âmes errant, si prôches de vous, au royaume des ombres.

 

Balcon sicilien, 1.
 

 

Passant cette fois à New-York.

 

Escalier de secours à New-York, 1.

 

 

Escalier de secours à New-York, 2.

 

 

Escalier de secours à New-York, 3.

 

 

 

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