Arbres au balcon, Le Havre,
Le-Havre-1
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Cette vue du Havre vous est offerte en version Mexichrome, procédé de quadrichromie datant des années 60, qui permettait d'attribuer ce cachet si chaleureux aux cartes-postales des villes portuaires ou minières les plus froides.
Mais ce qui nous intéresse ici n'est pas tant la qualité de vie des habitants de la ville du
Havre, qu'un angle de vue bien particulier sur la ville qui oblige tout passant, qu'il soit autochtone ou touriste, à douter de sa vision d'un monde sûr et fini.
En effet, à observer le balcon et les arbres, nous découvrons un parallélisme surprenant : le coté gauche du feuillage de l'arbre suit le trajet de la corniche latérale du balcon. Cette concordance des directions ne peut que choquer notre entendement. Car, tandis que les lois ordinaires de l'architecture humaine réclament une corniche horizontale, l'art des topiaires suppose un trajet oblique et descendant pour une frondaison conique. Par le jeu de l'alignement équivoque, ces deux directions antagoniques semblent pourtant suivre un trajet commun, tant il est vrai que notre système perceptif tend à attribuer à des parallèles apparentes un destin commun, en ce cas une commune direction. Cette loi du destin commun théorisée par l'école allemande de psychologie de la
Gestalt trouve ici une de ses applications in situ.

Mais si la problématique des parallèles peut entraîner une indécidabilité à l'intérieur d'une image plane et abstraite, cette énigme visuelle peut être facilement résolue grâce au réel ou encore dans la réalité. D'une part, sachant qu'un balcon nécessite un sol horizontal, nous en déduirons que la ligne du feuillage, en raison de sa masse conique, n'est pas située dans le même plan, quand bien même un platane pourrait quant à lui être taillé de manière à présenter des arêtes horizontales. D'autre part, une modification du point de vue, par un simple déplacement de notre corps en cette ville, suffirait pour que dans le réel les relations spatiales des éléments en présence ne soient plus équivoques (voir photo centrale ci-dessous).
 

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Il n'en reste pas moins que ces deux lignes, que se soit par une projection naturelle à la surface de la rétine ou une autre artificielle à la surface du papier photographique, semblent suivre une direction commune. Afin de mieux comprendre l'ambiguïté des projections de lignes, il vous est possible d'aller jeter un oeil au tableau n° 19 qui traite de l'ambiguïté des lignes. Bien qu'incomplet puisqu'élaboré il y a déjà plusieurs années, ce tableau devrait néanmoins vous permettre de comprendre qu'une seule et même ligne tracée à la surface de la feuille peut suivre dans le réel diverses orientations contradictoires.

Pour comprendre cela, nous allons voir comment l'ambiguïté naturelle et involontaire du
Havre peut apparaître à l'intérieur d'un dessin. Le croquis affiché ci-dessous présente presque exactement la même équivoque de directions que la scène aperçue en ville. Le parallélisme purement graphique, et en cela apparent, des arêtes latérales des ces trois volumes tend à leur imputer une direction commune. Ainsi, nous avons le sentiment que le volume central, en dépit de son étalement au sol évident, se dresse à la verticale pour rejoindre les deux volumes qui l'encadrent. Pourtant, le jeu des attractions réciproques n'est pas le même. Alors que la corniche du balcon me donne le sentiment d'entraîner avec elle l'oblique de l'arbre à l'horizontale, ici ce sont plutôt les obliques montantes des volumes latéraux qui redressent à la verticale les fuyantes horizontales du volume central. Nous pouvons trouver à ce retournement au moins deux raisons. La première est affaire de quantité : les deux volumes latéraux ont plus de poids que l'arête unique et fragile d'un feuillage. La seconde est de qualité : notre connaissance d'un monde logique et fonctionnel veut que nous supposions des balcons à l'horizontale plutôt que pentus. En cela, il est beaucoup plus facile pour le balcon d'entraîner en sa direction le feuillage d'un arbre que pour un volume isolé de lutter contre deux masses qui l'encadrent et le contredisent à l'intérieur d'un espace non défini du point de vue de la perspective classique usuelle.

 

Trapeze-de-B

 

Pour une plus ample analyse de ce croquis et de ses variantes, veuillez cliquer sur le lien suivant.

 

 

 

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