Cinémathèque, Paris, 2007.
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PLANSITE--------SITEMAP----

 

Déambulant devant l'architecture imaginée par Frank Gehry pour l'ancien centre culturel américain, devenue, après de multiples péripéties, Cinémathèque française, où sont présentées des rétrospectives consacrées à des réalisateurs américains, qui, pour la plupart d'entre eux, étaient originaires d'Europe, vous pourriez avoir d'autres surprises : des surprises perceptives. Car, alors que tout semble se toucher, se joindre, s'imbriquer dans cette vue en contre-plongée, ici rien n'est conjoint. Les trois pans de mur situés à gauche, aux arêtes formant un Y à leur supposé point de rencontre, sont distants, séparés, éloignés.

Pourtant, même la modification du point de vue effectuée par la photo suivante (ci-dessous) n'arrive pas à remettre en cause cette illusoire contiguïté des parois. Le point de rencontre des arêtes des mêmes murs semble maintenant former une croix. Certaines incohérences commencent pourtant à poindre. Le bord vertical du bloc courbe (en bas à gauche) ne peut à l'évidence suivre l'angle formé par la glacis placé à la base du mur situé à sa droite. De même que la rectilignité de l'arête supérieure de ce dernier mur ne peut épouser la courbure angulaire du bloc qui le domine. Enfin, à observer la taille des pierres, nous pouvons facilement reconstituer l'échelonnement réel des ces trois plans. Tous les contacts que notre système perceptif s'évertue à nous proposer, en raison des fallacieuses contiguïtés de lignes et d'arêtes, s'avèrent illusoires dès que nous commençons à raisonner en terme de surfaces, de masses et de volumes.
 

APARTÉ
En balayant cette deuxième image, d'un regard rapide, j'ai cru voir passer les deux blocs clairs en avant du bâtiment sombre en forme de cône renversé. Situation que je peux reproduire à volonté, tant il est vrai que les surfaces claires avancent tandis que les foncées s'éloignent. Cette illusion là est d'ailleurs plus efficace lorsque vous masquez de la main la base de la photo où la pénombre accorde les valeurs des blocs.
 

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Mais, en poursuivant notre déambulation, nous pouvons encore trouver un nouveau point de vue ambigu. Pourtant, nous progressons puisque le bâtiment central, le plus élevé, ne paraît plus contigu aux deux autres. Malheureusement, ces derniers possèdent une arête commune, qui, en dépit des écarts de valeur ou de couleur de la pierre, laissent augurer un contact, qui, là encore, s'avère illusoire. Car en allant sur place, vous pourrez constater que ces trois blocs ne sont en rien conjoints et que seule la circulation intérieure permettant de passer d'un espace à l'autre peut nous amener à les concevoir comme faisant partie d'un même bâtiment. Ce que la photo suivante va me permettre de vous montrer tout en offrant une nouvelle contiguïté illusoire.
 

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Sous cet angle là, nous percevons clairement l'espace qui sépare l'arête de la tour en forme de cône renversé semi-circulaire de la tour carrée. Ainsi, les contiguïtés perceptibles dans les images précédentes étaient bel et bien illusoires. Seules les bases, dont la majeure partie est située dans le hors-champ de la photo, commencent maintenant à se rejoindre afin d'assurer le cheminement des rats de cinémathèque. Pourtant, ce nouveau point de vue n'est pas innocent, qui, en dépit de la perte d'un contact, nous permet d'en conserver un. Ainsi, une même verticale semble unir la tour carrée au grand bâtiment dont l'arête en quart de rond vue précédemment s'apparente maintenant à un angle classique (le flou de la prise de vue ne permet pas d'apercevoir la courbure de l'appareil du mur). Mais ici, l'éclairage des surfaces vient encore signifier les écarts et, après tous ces égarements, nous ne pouvons plus être les dupes de cet ultime alignement.
 

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C'est ainsi qu'en multipliant les formes et les volumes, le déchiquetage architectural opéré par Frank Gehry en arrive à produire des relations spatiales ambiguës. C'est ainsi aussi, que les déambulations opérées autour d'un tel bâtiment permettent de trouver une quantité et une diversité anormale de points de vue ambigus, quantité et diversité que l'architecture classique ne nous avait pas habitué à penser, rencontrer et percevoir.

 

 

 

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