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ANALYSE : "Croquis A1 du tableau 36 "

Les figures de la première rangée singent la Tripoutre alignée. Il suffirait en effet, de réunir les bases des volumes par une troisième barre pour revenir à la Tripoutre de Penrose. De même, nous retrouvons les trois directions conflictuelles des Tripoutres : alors que les deux volumes sont empilés sur un axe vertical, la poutre supérieure se dirige vers nous, tandis que l’alignement de leur base s’en éloigne. Ces trois directions, qui seraient incompatibles à l’intérieur d’une figure fermée, ne sont ici qu’équivoques. Mais qu’en est-il du conflit perçu ? En masquant la partie inférieure de la figure, les deux volumes s’étagent dans la hauteur de l’espace, tandis qu’à cacher la moitié supérieure, ils s’échelonnent dans sa latéralité. À décrire ensuite le mécanisme plastique, nous pouvons hésiter entre deux logiques. Nous pourrions voir un conflit des contacts, puisque la réelle contiguïté des volumes s’oppose à leur hypothétique contact au sol. Mais, le conflit, qui oppose l’alignement vertical des côtés à l’alignement fuyant des bases des volumes de la figure A1, semble beaucoup plus pertinent. Pourtant, ces deux descriptions sont exactes, car ces figures comportent à la fois des contacts et des alignements. Aussi, dans le but de leur attribuer une catégorie, nous allons repérer ce qui du contact ou de l’alignement est essentiel à la constitution de l’ambiguïté. Pour cela, nous allons tour à tour supprimer le contact et l’alignement.

La figure A1, que nous appellerons l’Obélisque, peut se passer du contact entre éléments. Nous pourrions en effet dessiner une variante, où le volume supérieur ne reposerait plus sur le cube, mais flotterait au-dessus de lui, tout en conservant l’alignement des côtés et des bases. Parce qu’il conserve deux dispositions contradictoires des volumes, ce dessin là serait encore ambigu. La première disposition, qui privilégie l’alignement vertical, ferait flotter les volumes l’un au-dessus de l’autre, tandis que la seconde, qui suit l’alignement oblique des bases, les échelonnerait en profondeur. Quant au contact au sol, nous avons déjà réévalué son rôle à la baisse. En effet, comme dans le Pont de B., nous pouvons imaginer un plan horizontal, imaginaire et aérien, qui remplace le sol. Nous retrouvons ainsi notre règle habituelle : lorsque la perte du contact entre éléments ou du contact au sol n’entraîne pas la suppression de l’ambiguïté, nous avons un alignement équivoque. Inversement, cette figure ne peut se passer de ses alignements. Car si nous détruisons la continuité des bases en raccourcissant la pointe de l’obélisque, cette image redevient univoque. En revanche, l’alignement vertical des côtés n’est pas essentiel, puisque la figure A2 s’en passe très bien. Nous pouvons donc affirmer que l’ambiguïté de ces figures repose pour l’essentiel sur l’alignement des bases, dont nous allons essayer de décrire l’alternative.

La coïncidence de continuité des bases échelonne les volumes sur un axe latéral fuyant, qui s’éloigne au sol vers la droite. Malheureusement, l’empilement des volumes, nous oblige ensuite à échelonner ces mêmes bases en hauteur le long d’un plan incliné, qui s’approche du spectateur en montant. Cette direction ne ressemble guère à un alignement, puisqu’aucune ligne ne semble la matérialiser. Pourtant, ce tracé que nous imaginons doit bien se fonder sur une réalité matérielle. Les coins inférieurs des faces des deux volumes suffisent en fait à produire cette disposition. En reliant les coins inférieurs du côté droit du cube aux coins correspondants de l’obélisque, nous pouvons évaluer tout à la fois la distance et la déclivité qui séparent ces deux faces. Puis, si nous avons la curiosité de matérialiser ce lien par un trait de crayon, nous voyons que les deux lignes imaginaires reliant les coins suivent exactement le même tracé que l’alignement illusoire qui marque l’échelonnement latéral et fuyant des volumes. L’équivocité de cet alignement repose donc sur une ligne. Celle-ci combine deux directions différentes : l’une constituée de tracés discontinus, et l’autre qui résulte de la réunion de deux points. Paradoxalement, la vérité d’une direction n’est pas proportionnelle à la matérialité de son tracé, puisque c’est le tracé le moins complet, celui des points, qui s’avère le plus juste.

Une différence essentielle s’établit pourtant entre la figure A1 et sa variante aux volumes séparés, qui a été décrite plus haut : la figure A1 est impossible-possible alors que sa variante est seulement ambiguë. Le contact entre éléments serait donc source d’impossible dans les figures multiples et équivoques. Il est vrai que le contact entre éléments de la figure A1 n’est pas équivoque, puisqu’il ne repose ni sur une contiguïté ambiguë des arêtes des volumes, ni sur une superposition équivoque des surfaces comme celle des Deux Polygones (fig. 5, tableau 22). Nous avons vraiment le sentiment que l’obélisque repose sur le cube, et seule sa pointe vient parfois contredire, sans beaucoup de résultat, cette évidence. Le contact entre éléments, qui est incontestable, transforme donc ces deux volumes en une figure unique. Pour comprendre cela, il suffit de constater la ressemblance qui existe entre l’Obélisque et la Scie (fig. A1, tableau 34). Dans ces deux figures, l’orientation générale des masses est contredite par la succession des bases, qui suivent une fuyante s’éloignant vers la droite. Nous comprenons ainsi que le rôle du contact entre éléments de l’Obélisque consiste à créer une continuité, habituellement réservée aux figures uniques, à l’intérieur d’une figure multiple. Continuité qui, en nous faisant douter de l’alignement fuyant des bases, permet de mettre en place le conflit de l’impossible et du possible.

 

 

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