THÉORIE

"L'ambigu de la figure dans la langue"

 


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AVERTISSEMENT
"EN TRAVAUX"
Le but de la rubrique
“Langage” est d’appliquer la classification des images impossibles et ambiguës aux paradoxes du langage. Malheureusement, cette classification, toujours perfectible, nous oblige à adapter les concepts et les catégories au nouveau champ sémiotique de la langue, par essence différent. Il n’en reste pas moins que les différentes pages de cette rubrique vont montrer que la mise en parallèle des images dites paradoxales avec les paradoxes avérés du langage n’est pas dénuée d’intérêt.
REVOIR LA CLASSIFICATION DES IMAGES IMPOSSIBLES ET AMBIGUËS

 

I. DÉFINITION DE LA FIGURE DE LA LANGUE

Dans l’image, la figure est cette surface qui prend forme en surgissant du fond pour être perçue et donner lieu à signification. Dans le champ de la langue, nous postulerons abruptement que la figure relève du syntagme, cet axe orienté dans la latéralité du support sur lequel les signes (composés d’un recto matériel, le signifiant, et d’un verso conceptuel, le signifié) apparaissent peu à peu, les uns à la suite des autres.
Nous postulerons encore que les ambiguïtés de la figure travaillent principalement le signifié, en ce que celui-ci vient faire figure sur le signifiant qui, en tant que support matériel, sera considéré comme l’équivalent du fond de l’image. Comme nous allons le voir, tant les unités que les relations syntagmatiques peuvent, à travers le signifié, donner lieu à équivoque. Pour cela, nous allons reprendre les trois mécanismes plastiques de l’ambigu qu’utilise l’image : la superposition, le contact et l’alignement.

2. LA SUPERPOSITION ÉQUIVOQUE DE LA LANGUE

Une des images emblématiques de la superposition équivoque est le Cube de Necker. Cette figure superpose à l’intérieur d’un même tracé deux visions opposées d’un cube. Tandis que l’un perçu en plongée s’oriente dans une direction, l’autre se dirige dans la direction opposée tout en étant perçu en contre-plongée.

Figure rホversible : "Cube de Necker", 1886.
 

Dans le champ de la langue, nous retrouvons ce même principe de la superposition avec les homophonies et les homonymies. Ainsi, en-dehors de tout contexte, la brasserie peut tout autant signifier un restaurant à la cuisine traditionnelle que le bâtiment où la bière est produite. Ce n’est que dans le cours du syntagme que le sens pourra être fixé par le contexte. En fait, il en est exactement de même avec le Cube de Necker. Ce dernier peut en effet être perçu de deux points de vue différents en raison de l’absence de la représentation du sol, des ombres..., le contexte graphique qui permet dans l’image d’ancrer la signification ou la localisation d’une forme. Dès que vous ajouterez des détails ou un décor, le Cube redeviendra une forme univoque.
On pourrait croire que l’équivoque de la superposition ne concerne que les syntagmes les plus simples : mots, verbes, adjectifs... Il n’en est rien. Bien que cela soit plus rare, des articulations plus longues peuvent donner lieu à superposition. Ainsi, un même syntagme :
“Encore faudrait-il les mets pour que le repas soit parfait. Encore faudrait-il l’aimer pour que leurs pas soient parfaits” peut être entendu de deux manières différentes comme le montre la juxtaposition des deux phrases. Mais, à la différence de certains homonymes dont l’orthographe peut être totalement identique, la graphie des superpositions équivoques à rallonge permet toujours à un moment ou à un autre de fixer le sens.

VOIR LA LISTE DES SUPERPOSITIONS ÉQUIVOQUES DE LA FIGURE

3. LE CONTACT ÉQUIVOQUE DE LA LANGUE

Une des images emblématiques du contact équivoque est le T. Les relations spatiales de cette figure peuvent être comprises de deux manières différentes. Tandis que l’une suppose le contact des barres pour former un T, l’autre ne voit là qu’une coïncidence due à un angle de vision particulier qui laisse croire que les deux poutres échelonnées dans la profondeur de l’espace seraient en contact.

Figure ネ contact ambigu : "T", pierre noire.
 

Dans le champ de la langue, nous ne retrouvons que très peu ce principe de contiguïté équivoque, alors que l'image en donne des exemples innombrables. Pour lors, je ne peux proposer qu'un seul exemple, cité par Bernard Dupriez (voir Bibliographie de la langue):

“César entra sur la tête
son casque, aux pieds
ses sandales, à la main
sa bonne épée, dans l’oeil
un regard furieux.”

THIERRIN, Toute la correspondance, p. 321.

Ce texte oppose deux contiguïtés différentes : la première, de la versification libre, qui semble en un premier temps incohérente, à la seconde, de la ponctuation, qui nous permet de revenir à un discours acceptable. Nous avons bien là, comme avec le T, un conflit du contact et de la séparation. Mais, à la différence des superpositions équivoques, le contact ambigu concerne exclusivement les relations syntagmatiques. Ce n’est que dans le cours du syntagme que les relations syntagmatiques pourront être fixées grâce au contexte. Il en est d’ailleurs exactement de même avec le T. Les relations spatiales du T peuvent en effet donner lieu à deux échelonnements différents en raison de l’absence de la représentation du sol, des ombres, du décor..., le contexte graphique qui permet dans l’image d’ancrer la signification ou la localisation d’une forme.

VOIR LA LISTE DES CONTACTS ÉQUIVOQUES DE LA FIGURE

4. L’ALIGNEMENT ÉQUIVOQUE DE LA LANGUE

Une des images emblématiques du contact équivoque est le Trio. Les relations spatiales de cette figure peuvent être comprises de deux manières différentes. Tandis que l’une suppose que le bloc central s’élève dans les airs entre les deux volumes qui l’entourent, l’autre ne voit là qu’une coïncidence due à l’alignement des sommets qui laisse croire que le bloc central posé loin au sol serait situé à la même distance que les deux volumes latéraux.

Figure ネ alignement ホquivoque : "Trio", encre.
 

Dans le champ de la langue, nous retrouvons ce même principe d’alignement équivoque avec les phrases complexes. Ainsi, “Dupont a surpris Durand en train de donner une claque à son fils” peut tout autant signifier que le fils en question est celui de Dupont que de Durand. Nous ne savons pas si nous devons mettre en relation “son fils” avec “Dupont” ou “Durand”. En cela, ce n’est pas tant le contact qui est en cause, en raison de l’éloignement des syntagmes, que l’alignement qui consiste à établir une relation univoque et sûre entre deux termes distants. À la manière des contacts équivoques, l’alignement ambigu concerne exclusivement les relations syntagmatiques. Ce n’est que dans le cours du syntagme que les relations syntagmatiques pourront être fixées grâce au contexte. En fait, il en est exactement de même avec le Trio. Les relations spatiales du Trio peuvent en effet donner lieu à deux échelonnements différents en raison de l’absence de la représentation du sol, des ombres, du décor..., le contexte graphique qui permet dans l’image d’ancrer la signification ou la localisation d’une forme.

VOIR LA LISTE DES ALIGNEMENTS ÉQUIVOQUES DE LA FIGURE

Pour lors et à ma connaissance, l’alignement équivoque ne peut travailler un syntagme court et unique. Cette catégorie nécessite en effet la séparation et la distance des termes qu’elle met en conflit.

 

 

BIBLIOGRAPHIE SUR LE LANGAGE

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