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"Signes célestes"


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PLANSITE
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Juin 2008

L'ambiguïté spatiale tend habituellement à réunir en un même plan qui nous est frontal des éléments échelonnés dans l'espace. Bipèdes ni trop jeunes pour marcher à quatre pattes, ni trop vieux pour avancer courbé par les ans, nous subissons les ambiguïtés qui nous font face. Il arrive pourtant que, délaissant nos ambitions terrestres, nous levions la tête pour retrouver dans le ciel ce qui nous intriguait sur terre. Si ce n'est que le ciel n'étant pas encore encombré des éléments terrestres (humains, immeubles, voitures et crottes de chien), la rareté des objets qu'il recèle fait que nous soyons moins souvent la proie d'illusions célestes. Il n'en reste pas moins que la plupart des illusions tombant du ciel associe bien souvent un élément terrestre à leur machination. C'est en cela que la profondeur de l'espace remise en cause est bien plus importante que celle que nous avions l'habitude de méjuger lorsque les éléments étaient posés au sol. En dépit de cette profondeur exagérée et extravagante, nous acceptons, ne serait-ce qu'un instant, que le panache d'un avion volant à dix mille pieds apparaisse comme étant conjoint à une cheminée. C'est ainsi que nous acceptons l'invraisemblable. Car, comment un écart aussi important peut-il s'oublier, comment pouvons-nous rapprocher des éléments aussi disparates ? Il se pourrait fort que dans l'espace de la feuille bleue du ciel, nous fassions un trait sur la réalité des choses, leur concept et leur nature, pour nous suffire de la contemplation de leur graphisme.

Parfois les traînées d'avion semblent sortir des conduits de cheminée. Ainsi, au bau milieu d'une soirée printanière ensoleillée, vous vous retrouvez par un jour venteux d'hiver à contempler la fumée d'une cheminée parisienne. Vous êtes dans l'illusion, dans l'illusion d'une contiguïté équivoque d'éléments distants et disparates (pour lire une analyse plus complète de cette photo à la contiguïté équivoque).

 

Photo ambigue par contact équivoque, "Traine d'avion et cheminée".

 

Parfois les traînées d'avion semblent se dresser au-dessus des colonnes du Palais de Tokyo. Ainsi, au beau milieu d'une journée ensoleillée, vous pensez qu'un artiste con, content et contemporain, a fait surgir une fumerolle de l'entablement du portique pour vous faire prendre conscience de la verticalité de l'architecture que vous n'aviez pas vue, pas remarquée ni même suspectée, bougre d'âne aveugle, sourd et muet. Pourtant, là encore, vous êtes dans l'illusion, dans l'illusion d'une contiguïté, mais aussi d'un alignement équivoque, d'éléments distants et disparates (pour lire une analyse plus complète de cette photo à la contiguïté et à l'alignement équivoques).

 

Photo ambigue par alignement équivoque, "Traine d'avion et colonne".

 

Parfois les traînées d'avion semblent s'accrocher aux poteaux métalliques porteurs de câbles. Ainsi, au beau milieu d'une journée printanière ensoleillée, vous pensez que la vieille ville de Prague possède la fibre optique que vous attendez depuis si longtemps afin de télécharger vos films X, Y ou Z. Vous êtes encore et toujours dans l'illusion, dans l'illusion d'une contiguïté équivoque d'éléments distants et disparates (pour lire une analyse plus complète de cette photo à la contiguïté équivoque).

 

Photo ambigue par contact équivoque, "Traine d'avion et poteau".

 

Parfois les traînées d'avion semblent sortir de la potence du chien assis d'un immeuble. Ainsi, au beau milieu d'une soirée printanière ensoleillée, vous vous retrouvez à contempler un Manneken Piss grandiose, dont le jet franchit la rue étroite du marais parisien pour aller se répandre sur le toit voisin. Vous êtes toujours dans l'illusion, dans l'illusion d'une contiguïté équivoque d'éléments distants et disparates.

 

Photo ambigue par contact équivoque, "Traine d'avion et bâtiments".

 

Vous promenant à Melles, célèbre et célébrée pour sa mairesse rose, vous croyez qu'un phare a été greffé sur l'église du premier style poitevin. Vous supposez alors que la mer venait, à l'époque, lécher les quais de ce village alors portuaire. Vous n'y êtes pas, vous n'y êtes point. Parfois, en certaines occasions, les traînées d'avion peuvent donner le sentiment qu'elles surgissent d'une architecture religieuse, vous mettant en présence d'une lanterne des morts que le bedeau aviné par le vin de messe aurait oublié d'éteindre. Ainsi, au beau milieu d'un après-midi printanier du mois de mars charentais, innocent et naïf, vous vous retrouvez à contempler un phare inexistant. Vous êtes toujours dans l'illusion, dans l'illusion d'une contiguïté équivoque d'éléments distants et disparates.

 

Photo ambigue par contact équivoque, "Traine d'avion et église".

 

Puis délaissant enfin les architectures qui vous égarent, vous en arriverez un jour ou l'autre à ne plus contempler que les seules traînées, ces sales traînées qui dégueulassent le ciel pur, azuréen et virginal. Et, si votre domicile se trouve non loin d'un couloir aérien, vous pourriez à l'aube naissante assister au spectacle sidéral et sidérant d'un avion faisant un virage sur l'aile : un virage à angle droit. Mais quel cascadeur du ciel pourrait en arriver à ce tracé miraculeux ? Aucun ! Vous avez là le panache de deux avions qui, si ils n'avaient pas été séparés par des centaines ou des milliers de mètres de hauteur ou de profondeur, se seraient rencontrés en plein ciel pour produire une explosante fixe. Mais, comme l'indique le léger décalage perceptible au point de soi-disant rencontre des deux panaches, ces deux véhicules célestes vont se croiser pour poursuivre leur chemin dans l'indifférence réciproque la plus totale. Vous êtes donc toujours dans l'illusion, dans l'illusion d'une contiguïté équivoque d'éléments distants bien que semblables.

 

Photo ambigue par contact équivoque, traines d'avion.

 

Vous pourriez encore, au soir naissant d'un dimanche païen, être arrêté dans votre déambulation vespérale par le spectacle sidérant d'une croix dans le ciel. Vous seriez, sur votre chemin de Damas parigot, au bord de la conversion, si, ne vous ressouvenant de la présence de ces satanés avions, vous n'aviez reconnu en ce signe prétendument divin la rencontre céleste de panaches d'avions se croisant dans la haute atmosphère. Ainsi, en une même réflexion, vous auriez échappé à deux illusions. La première celle d'un dieu vengeur, qui, par cette croix, annoncerait au monde sa fin prochaine. Et la seconde, beaucoup plus prosaïque, de la contiguïté équivoque d'éléments semblables mais distants (pour admirer une autre croix céleste).

 

Photo ambigue par contact équivoque, traines d'avion en forme de croix.

 

Vous pourriez enfin, au beau milieu d'une de vos déambulations dominicales inutiles, être arrêté par un tout autre spectacle : celui d'un nuage bandant son arc au-dessus de l'Hôtel Salé, connu pour abriter le musée Picasso. Mais quel trait d'amour ou d'esprit, les mânes du peintre cubiste pourraient-elles encore décocher ? Et à qui ce trait là pourrait-il être destiné ? Vous seriez alors bien en peine de pouvoir répondre à ces questions et ce signe céleste, rencontré au hasard de vos pérégrinations, vous laisserait ainsi dans la plus extrême des perplexités. Afin d'échapper à cette illusion, la seule échappatoire serait alors d'imaginer une contiguïté équivoque de traînées d'avions, l'une droite, l'autre courbe. Mais qui pourrait croire à cette interprétation là du réel, lorsque cet arc bandé se présente au-dessus de l'Hôtel Salé ?

 

Photo ambigue par contact équivoque, traines d'avion en forme d'arc.

 

CONCLUSION

Voilà une série dont vous pouvez trouver des exemples supplémentaires à la rubrique Photos du site, tant dans la colonne alignement équivoque que dans celle concernant les contacts ambigus. Mais certains points sont à préciser. En premier lieu, la thématique des traînées d'avion est en ce moment à la mode sur le web, si ce n'est qu'à l'exception du second lien de la webographie proposée ci-dessous, ces images sont le résultat d'une mise en scène qui consiste à faire sortir le panache d'une bouteille, de la bouche d'un personnage ou que sais-je encore, à la manière de ces nombreuses photos d'individus semblant jouer avec le soleil couchant (sur la tête, entre les bras, au bout du pied,...) Mais en cette page, tout est affaire d'attente, de chance et de hasard. Pour en arriver à ces images, vous devriez déambuler, l'oeil aux aguets, pour, un jour ou l'autre, en arriver à être confronté à une situation naturelle qu'il vous faudrait fixer sur la pellicule après avoir trouvé l'angle de vision approprié. En second lieu, beaucoup penseront qu'il y a malice, trucage, Photoshop et compagnie, derrière tout cela. Ainsi, certains imagineront la tromperie qu'ils auraient été capables de faire sur leur petit ordinateur avec leur petit logiciel de retouche. Sachez pour votre gouverne personnelle que je ne suis pas encore passé au numérique et que même si le scan d'une photo papier peut être trafiqué, la pellicule, quant à elle, ne ment pas.

 

 

WEBOGRAPHIE

PHOTOS FABRIQUÉES
http://amazingillusions.blogspot.com/2008/02/catching-clouds-illusions.html
En allant sur cette page vous trouverez deux traînes d'avion : l'une avec une canette, et l'autre, très belle, qui, en transformant la traînée en javelot céleste n'est pas sans évoquer les foudres de Zeus. Deux autres photos sont encore présentées à la page 01.

PHOTOS RENCONTRÉES
http://ilusionesopticasymas.blogspot.com/2007/12/pajaro-o-avion.html
Photo assez rare sur le web, qui, au lieu de mettre en scène un projet pensé à l'avance, se contente d'attendre la coïncidence et de trouver l'angle de vision pour aboutir à ce contact équivoque non dénué d'humour.
http://visualfunhouse.com/snapshot_illusions/statue-blowing-clouds-optical-illusion.html
La trompette qui souffle un nuage

AUTRES
D'autres liens devraient être présentés ici, mais, en dépit de sa réputation, le web n'est pas omniscient. Vous devrez donc consulter le catalogue
La passion des images que la Maison Européenne de la photographie a consacré à Peter Knapp pour l'exposition qui s'est déroulée en ses murs du 16 janvier au 30 mars 2008, afin de retrouver deux photographies qui, dès les années 80, utilisaient déjà les traînées et panaches d'avion pour parler d'un monde qui bégaie, qui bégaie, qui bégaie :
Toucher, 1984.
Hommage à Joseph Albers, 1989.

 

 

 

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