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"Diminution de taille et profondeur illusoire"



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Avril 2012


LA DIMINUTION DE TAILLE AGRANDIT L'ESPACE

Cinq pages, oui cinq pages déroulantes sur la diminution de taille et son rapport ambigu à la profondeur (pas celle des sentiments, celle de l'espace). Ceux qui ont déjà compris que le trajet sera long peuvent rebrousser chemin. Les autres pourront suivre dans l'ordre ou le désordre ces différentes approches de la diminution de taille. Pour ces derniers voici un plan que Google Maps ne saurait vous proposer.
Page Première Une illusion de diminution de taille photographiée dans le réel, rare et intéressant.
Page Seconde Comment la diminution en arrive-t-elle à rendre les dénivelés de terrain.
Page Troisième Comment la diminution s'adapte aux vues plongeantes.
Page Quatrième Du conflit entre la hauteur dans l'image et la diminution de taille.
Page Cinquième Des exemples de fausses diminutions en art et en images.

 

INTRODUCTION À UNE ILLUSION DE TAILLE PHOTOGRAPHIÉE DANS LE RÉEL

Le système visuel humain est si bien fait qu'il ne cesse de vous mentir pour votre plus grand bien Vous roulez dans votre belle automobile sur une route plate et rectiligne. Rien ne peut vous arrêter, aucun radar pédagogique, aucun gendarme debout, pas même le fait que vous rouliez à tombeau ouvert vers un point que vous pourriez cacher de votre pouce tendu, lieu impensable où les deux bords de la route se rejoignent en une fin du monde improbable. Car, vous, innocent aux mains pleines, savez que la route ne rétrécit pas et que les arbres qui la bordent ne diminuent pas pour devenir les minuscules arbustes que vous apercevez au loin.
Comment avez-vous pu en arriver à ne plus croire les informations de taille que vos propres yeux vous fournissent.? Comment pouvez-vous accepter l'écart qui sépare la taille réelle des éléments de leur taille apparente ? C'est ici qu'intervient le psychologue évolutionniste. Ce spécialiste de la spécialité remontera le cours du temps pour vous expliquer le risque qu'aurait couru vos ancêtres du paléolithique si leur système perceptif avait transmis la taille réelle et surtout constante des éléments de leur environnement. Prenons
Rahan, avec un système visuel méconnaissant la diminution de taille due à l'éloignement, ce dernier se voit encerclé par des mammouths de taille identique et d'humeur agressive. Dans quelle direction fuir ? Grâce à son nouveau système visuel perfectionné par les lois de l'évolution, Rahan aperçoit maintenant de petits mammouths au pourtour du cercle. C'est par là qu'il faut fuir, car cette diminution de taille peut raisonnablement être attribuée à l'éloignement de quelques animaux. Le cercle n'étant plus un cercle, cette diminution signale une rupture dans l'encerclement, rupture qu'un système perceptif basé sur une taille réelle et constante n'aurait pas perçue.
D'un coup, d'un seul, passons de la préhistoire à la Bretagne.

UNE MAISON BRETONNE, VUE 1.

Il va encore nous faire le coup de l'alignement équivoque. La maison la plus proche aligne la trajectoire de son faîtage sur celui de deux bâtiments plus éloignés. Cette maison au toit d'ardoise bleuté semble ainsi porter dans les airs le lointain trio de bâtisses grises.
Et pourtant, n'y aurait-il que cet alignement que ce serait déjà ça. Mieux que notre vision banale et ordinaire qui met tout à sa place sans se poser de questions. Car cet alignement là pourrait être comparé aux
Lévitations du réel citées dans cet article précité.
Mais là n'est pas la question, vous n'avez encore rien vu ! Regardez bien, regardez mieux. Alors, maintenant vous avez vu ? Non ? Alors passons à la photo suivante.

 

Photo avec fausse diminution de taille, vue 1.

 

UNE MAISON BRETONNE, VUE 2.

Vue de trois-quart gauche, un des bâtiments gris précédents se retrouve sur la gauche de l'image, tandis qu'apparaît sur la droite une autre maison bretonne et moderne. Vous ne voyez toujours rien ? Autant donner des perles aux cochons bretons ! Regardez là ! Là devant le massif végétal bordé de rochers, il y a un chien. Non pas un mammouth, un simple berger allemand. Bon, vous devez avoir compris, cette belle maison bretonne pourrait à la rigueur faire usage de niche pour un chien immigré européen, qui fait son métier de chien, en aboyant lorsqu'un étranger vient prendre en photo la maison de ses maîtres. Propriété qui présente en son jardin et au bord du chemin, une maquette au 1/10 ème d'une maison bretonne, maquette qui, pourtant, ne représente pas la maison principale.

 

Photo avec fausse diminution de taille, vue 2.

 

Pourtant, sachant qu'une maquette est là, sous mes yeux, au premier plan, voyant même la tache marron du chien qui donne une échelle de taille dépourvue d'équivoque, je n'en continue pas moins, face à cette image, à voir en ce fétu une maison bretonne simple et ordinaire.

UNE MAISON BRETONNE, VUE 3.

Seule cette troisième photographie ne me pose plus de problèmes quant à la taille réelle et réciproque des éléments qui la composent. Délaissant le chemin où j'étais précédemment et qui longe le pignon noir, je suis passé de l'autre coté de la route bordant la propriété, pour prendre cette vue opposée à la précédente. Ici, tout redevient clair et limpide, les tailles sont perçues pour ce qu'elles sont. La maquette me paraît réellement trop petite pour être une habitation humaine et ordinaire. Mais comment expliquer que ce qui semblait être un habitat réaliste dans les deux photos précédentes sonne faux et retrouve sa taille réelle en cette dernière image ?

 

Photo avec fausse diminution de taille, vue 3.

 

Plusieurs hypothèses peuvent être envisagées. Ainsi, l'alignement des faîtages pouvait donner lieu à un détournement d'attention de notre part. De plus, en aplatissant l'espace représenté, l'alignement équivoque pose les différentes bâtisses sur un même plan. Que ce soit la maquette qui recule au niveau des bâtiments éloignés, ou ceux-ci qui avancent au second plan, ce rapprochement illusoire confère à la maquette une taille qu'elle n'a pas. Malheureusement, aucun alignement n'est présent dans la seconde photographie pour confirmer cette hypothèse. Cette absence ne remet pourtant pas en cause la participation de l'alignement à la mauvaise évaluation des tailles réciproques de la première image.
Qu'avons-nous d'autre dans la deuxième image ? La présence des chiens assis pourrait tout d'abord donner de l'importance à cette maquette dépourvue de grandeur. Mais cet indice peut tout autant jouer en sa défaveur : comment une maison si proche et si petite pourrait-elle posséder des combles aménagés ? La présence d'indices contraires et contradictoires fait que sa taille de la maquette paraît être dans l'ordre du possible. En cette deuxième image, ce n'est pas tant la maquette qui semble petite que les autres bâtiments qui paraissent immenses. Ainsi, à considérer que la lucarne du pavillon éloigné est, elle-aussi, un chien assis, la toiture du second pavillon devient vertigineuse. Un seul détail donne une certaine cohérence à l'ensemble des trois bâtiments : la taille des cheminées, cheminées qui semblent respecter la diminution de taille logique et continue due à l'éloignement. Malheureusement, dès que nous voyons le chien aboyant, notre beau et illusoire compromis visuel s'effondre, nous laissant nous-mêmes effondrés de tant de naïveté.
Quel autre indice ou détail présent dans les deux premières images et absent de la dernière pourrait excuser tant de naïveté ? La troisième photographie offre une évidente proximité de trois bâtiments, au point que la maquette apparaît alors pour ce qu'elle est, même si certains pourraient imaginer que deux immeubles de plusieurs étages sont situés de l'autre coté du chemin. Mais que l'une soit trop petite, ou que les autres soient trop grands, dans un cas comme dans l'autre, un important et brutal écart de taille est perçu. Pourquoi ? Dans les deux premières photos, le contact au sol de la maquette est en partie ou totalement masqué alors que la base des autres bâtiments est visible. Dans la troisième photo, c'est le contraire. Cette piste n'est pas à négliger, car en toute image la hauteur de la base d'un élément sur le plan du sol est un très bon indicateur de la distance. Ainsi, plus la base d'un objet se rapproche de la ligne d'horizon, plus cet objet est éloigné de nous.
Enfin, dernier indice qui mérite d'être noté, l'écart entre la maquette et les constructions est beaucoup plus important dans les deux premières images. La distance qui les sépare est ainsi, surtout en l'absence de contacts au sol bien définis, beaucoup plus difficile à évaluer. Si vous placez un nain à coté d'un géant, la différence de taille vous sautera au yeux. Mais, si vous éloignez le géant à une distance incertaine pour l'adosser à un grand rocher et que vous gardiez le nain à quelques pas de vous entouré d'herbe rase, vous pourriez bien retrouver le paradoxe de la maison bretonne.

Car à lévidence, le système perceptif utilise la diminution apparente de taille (diminution qui ne relève pas du réel) pour nous donner des informations essentielles quant à l'éloignement des choses dans l'espace. Dans L'oeil et le cerveau, Gregory évoque ainsi une conception plus réaliste de la taille que nous avons depuis longtemps oubliée : D'autres études ont porté sur des peuples vivant dans des forêts très denses, population dont l'intérêt réside dans l'absence d'expérience visuelle d'objets lointains car ils vivent dans de petites clairières en pleine forêt. Lorsqu'on les fait sortir de leurs forêts et qu'on leur montre pour la première fois des objets lointains, ils les perçoivent non pas éloignés mais petits. (Ils ont même décrits que les boeufs ressemblent à des insectes). (p.193).

FINAL

Voilà ce qu'il y avait à dire de cette fausse maison bretonne qui pose un vrai problème quant à la diminution de taille. À reprendre les indices dont l'efficacité, en certaines occasions, nous fait douter de nos perceptions, nous avons :
1) L'alignement équivoque du sommet des éléments (les faîtages de la première photographie).
2) La présence de détails internes ou externes comme point de comparaison (les chiens assis et le chien aboyant)
3) La présence de contacts au sol sûrs et identifiables.
4) La distance réelle entre les éléments en présence.
En abordant avec la page suivante des images connues de peintre célèbres, nous allons voir comment ces indices peuvent servir d'autres fins.

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BIBLIOGRAPHIE
GREGORY Richard,
L'oeil et le cerveau, De Boeck Université, 2000, ISBN 2-7445-0067-4

 

 

 

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