ÉCRITS

"Toutes les morts"

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EXTRAIT DU CARNET 2008-2011

 

Ils arrivent seuls au monde,
vont en couple à la mairie,
et partent l’un après l’autre au cimetière.

 

 

Il a été tué par balles, malgré son gilet pare-balles.

 

 

Donnez-moi la boutanche qui étanche la soif de la mort.
Donnez-moi la bouteille qui réveille l’envie de vivre.
Donnez-moi le litron qui corrompt la peur du néant.

 

 

CHEZ L’OCULISTE

Vous lisez bien dans l’avenir, car vous savez que vous allez mourir.
Mais vous lisez mieux dans le passé, puisque vous savez quand vous êtes nés.

 

 

La vie des morts-vivants est d’un ennui mortel.

 

 

Vis chaque instant,
car tu mourras en un instant.

 

 

Quand tu sens le froid de le mort, tu bois du vin de la vie.
Quand tu sens le souffle de la mort, tu tires sur la cigarette qui réchauffe.
Et quand tu entendras le pas de la mort, tu rouleras encore plus vite.

 

 

On vieillit avant de mourir,
alors qu’autrefois on mourrait avant de vieillir.

 

 

Tu vis de la mère à la mort.

 

 

Ils lévitent pour l’éviter.
Certains lévitent pour éviter la mort.
D’autres lévitent pour éviter la mère.

 

 

Il est minuit ! Mourrez braves gens !
Mourrez en pensant à vos enfants
qui vous pleureront et mourront,
tout comme vous,
en faisant pleurer leurs enfants.

 

 

Tout à coup les lumières se sont éteintes !
Ce n’était pas la mort, mais l’extinction des réverbères à huit heures du matin.

 

 

TROIS LAISSES

Il s’est laissé mourir, comme il s’est laissé vivre.
Il s’est laissé vivre en se laissant mourir.
Il s’est laissé mourir, après s’être laissé vivre.

 

 

On tresse sa vie avec des tresses,
pour tresser sa mort en détresse.

 

 

LE MILLE-FEUILLE DE LA VIE

Mille tambours et mille fêtes.
Mille bombes et mille guerres.
Mille et mille choses pour vivre.
Mille et mille choses pour mourir

 

 

On apprend le pas de la danse macabre en apprenant à marcher.

 

 

J’aurais pu mourir, il y a cinq minutes.
Je pourrais mourir dans une heure.
J’aurais pu vivre, il y a cinq minutes,
Je pourrais vivre dans une heure.

 

 

LA GRANDE CONSTRUCTRICE

Tant de morts qui vivent, et tant de vivants qui meurent.
Tant de vies détruites, et tant de morts construites.

 

 

ARBRES DES MAURES

Je m’éloigne des eucalyptus et j‘aperçois déjà les cyprès.
Ô, grand conducteur de ma vie ne va pas trop vite,
je vousdrais me retourner une dernière fois pour voir les palmiers.

 

 

Les enjoliveurs enjolivent la vie.
Les embaumeurs embaument la mort.

 

 

Le corbillard qui transportait mon cercueil
a perdu son G.P.S.
Je suis arrivé en enfer.

 

 

FAIRE DES CONCESSIONS

On commence par faire les concessions automobiles
pour finir avec les concessions funéraires.

 

 

Noyer le poisson pour ne pas mourir.
Noyer le poison pour continuer à vivre.

 

 

Ils ne tuent pas les morts,
mais ne font pas vivre les vivants.

 

 

LES TROIX CHOIX

L’étroit choix t’impose de choisir entre
les vivants, les morts et les morts-vivants.

 

 

AU CASINO DE LA VIE

Au baccarat, tu perdras la vue.
Au bridge, tu perdras la mémoire.
Au poker, tu perdras ta santé.
Et à la roulette tu perdras ta vie.

 

 

Ils ont travaillé pour être ce qu’ils sont
et mourront pour ce qu’ils ont été.

 

 

SANS RéPIT

Sans répit, la mort vous dit :
“Avez-vous envie de voir ce film dont vous connaissez la fin ?”

 

 

Dépenser sa vie,
pour ne pas penser à sa mort.

 

 

Dos à la lumière,
comme dans un duel de western,
pour voir la mort en face.
Dos au mur,
comme dans un saloon de western,
pour voir la mort entrer.

 

 

D’où vient cet effroi qui t’échaude ?
Le froid m’a réveillé,
le caveau était glacé.

 

 

EXTRAIT DU CARNET 2004-2008

 

Combien sont morts et combien sont restés ?
Combien sont morts qui nous manquent à jamais,
et combien sont restés qui nous désespèrent de vivre !

 

 

Charon a passé au tamis les faits et gestes de ma vie.
Il a trouvé une dent de lait et un fémur abîmé.

 

 

À ton âge, tu voudrais encore un tour de manège et tu pleures.
Mais la faucheuse n’a plus de tickets et tu pleures.
Elle a beau t’encourager, et te tapoter le dos des os de sa main,
toi, ingrat, tu pleures,
car tu appréhendes le froid du caveau, au lieu d’accepter la chaleur de l’éternité.

 

 

L’homme boit deux bières.
La première est de houblon,
et la dernière de sapin.

 

 

CARTES DE VOEUX

“Joyeuse dépression !”
“Haine sincère”
Heureuse séparation”
“Bon cancer”
“Belle mort”

 

 

Pour certains, l’art est un simple passe-temps,
pour d’autres, c’est un trompe la mort.

 

 

Quand on n’inspire plus rien à personne, et pas même à soi-même,
il est temps d’expirer.

 

 

Inspirer au moins la haine pour ne pas expirer seul.

 

 

Chercher l’inspiration,
encore et toujours,
pour ne plus avoir à expirer.

 

 

La vie t’a offert le gîte et le couvert.
Tu as beaucoup dormi, mais pas beaucoup mangé.
Maintenant que la mort apporte ton linceul,
tu regrettes les mets auxquels tu n’as pas touché

 

 

LA MORT

Seul le rire nous empêche d’en pleurer,
seules les larmes nous évitent d’en rire.

 

 

En vieillissant, tu apprends de moins en moins de choses,
mais des choses de plus en plus importantes :
tu apprends que tu vas mourir.

 

 

J’ai reçu des échantillons de chêne et de satin.
Le représentant de la grande faucheuse a retrouvé mon adresse.

 

 

Enterrez-moi avec une couverture de survie.

 

 

CE N’EST PAS LE SEXE

Ils y pensent tout le temps mais n’en parlent jamais.
Ce n’est pas le sexe mais la mort qui les ronge.

 

 

La petite vieille ne vient plus à la piscine.
Elle était tellement maigre qu’elle doit flotter dans son cercueil.

 

 

PLUS VITE QUE PRéVU

Le régulateur de vitesse de ma vie est coincé.
Prévenez la gare de péage de Saint Pierre que je vais arriver plus vite que prévu.

 

 

Il faut arrêter de boire, sinon tu n’arrêtes pas.
Il faut arrêter de courir, sinon tu n’arrêtes pas.
Il faut arrêter de vivre, sinon tu n’arrêtes jamais.

 

 

Tu as grandi.
Tu as grossi.
Tu as vieilli.
Il est mort.

 

 

On te parle à la deuxième personne,
jusqu’au jour où on parlera de toi à la troisième personne.

 

 

Nous cherchons le plus court chemin pour aller d’un endroit à un autre,
mais toujours le plus long pour passer de vie à trépas.

 

 

TRENTE-SIX ANGES

Trente-six anges vous protègent, cachés dans votre corps,
qui vous entourent et vous servent.
Le premier, niché au creux de votre bras, est celui de la haine.
Le second, accroché à vos cheveux, est celui de la panique.
Le dernier, qui se terre au fond de vos yeux, est l’ange de la mort.

 

 

Parfois, tu crois dominer le temps : les derniers jours qu’il te reste à vivre.
Parfois, c’est le temps qui te domine : les derniers jours qui te restent à vivre.

 

 

À Santorin,
tout le monde veut être au balcon de la fin du monde.

 

 

LA DERNIèRE FLèCHE

Artémis prend la dernière flèche de son carquois.
Cette fois aucun amour ne viendra bander l’arc,
lorsque sa main décochera le trait mortel.

 

 

AVEC LA MêME CHOSE

Avec la même chose, tu peux vivre ou mourir.
Avec la même chose.

 

 

Tout peut mesurer le temps que nous avons vécu.
Rien ne peut mesurer le temps, qui nous reste à vivre.

 

 

AMOUR GLOIRE ET BEAUTé

Tout arrive toujours trop tard, seule la mort arrive en son temps.
Et même si la mort arrivait trop tard, tout arriverait encore trop tard.

 

 

LA VIE N’A PAS D’AVIS

La vie ne nous demande pas notre avis.
Vivre est une obsession qui nous oblige à vivre.
Mourir est le seul moyen de guérir cette manie.

 

 

L’OR DE LA MORT

Je suis le nouveau Midas :
tout ce que je touche se transforme en mort.

 

 

L’INACTIVITé éCONOMIQUE

Les maladies sexuelles créent de la croissance.
Les accidents de la route créent de la croissance.
Les pompes funèbres créent de la croissance.
La mort crée de la croissance pour les vivants.

 

 

Montrez vos strings et vos nombrils.
Montrez vos tatouages et vos piercings.
Vous pouvez tout montrer, puisqu’un jour la mort montrera vos squelettes.

 

 

Emparé par la mort,
désemparé par la vie.

 

 

Je suis mortel, je donne la mort.
Je suis mortel, je la reçois.

 

 

HôPITAL MASTABA

Petite momie, déjà morte avant de mourir.
Petite momie, ton corps cerné de bandelettes et de tuyaux.
Petite momie, quand te laisseront-ils donc mourir ?

 

 

Profite du temps qui te reste à vivre,
puisque tu ne profites pas du temps qui te reste à mourir.

 

 

De puis que tu as acheté les lunettes à rayon X,
tu ne vois plus que des squelettes qui s’agitent, qui s’agitent.

 

 

LE PROPHèTE

Nous sommes tous morts et seuls les vivants ne le savent pas.

 

 

LA MORT

Une pour tous, tous pour une

 

 

C’est bien la première fois et la dernière fois de ma vie que je meurs.

 

 

TOUT DOIT DISPARAîTRE

Tout doit disparaître au rayon lingerie.
Tout doit disparaître au rayon boucherie.
Et tout disparaîtra au rayon humain.

 

 

TOUSSAINT

Pour la fête des morts: faites des morts.

 

 

Mourir en paix en temps de guerre.

 

 

Les désabusés de la vie sont abusés par la mort.

 

 

Tu vis en pointillés comme un point de surjet.
Tu vois l’ourlet qui commence à craquer,
et tu te demandes si la parque va laisser le fil s’effilocher
ou si elle fera un arrêt pour terminer son travail.

 

 

En la regardant, l’homme morcelle la femme.
En se parant, la femme morcelle son corps.
Puis, pour en finir, le corps mort scelle la vie.

 

 

MORCELé, MORT CELéE, MORT SCELLéE.

 

 

LA PLAISANTERIE

Un plaisant complaisant se complaisait à complaire,
en plaisantant à tout propos.
La mort complaisante s’est complue à lui plaire,
pour sa dernière plaisanterie.

 

 

DANSE MACABRE

Je danse parce que j’ai froid.
Je danse pour les morts.
Je danse parce que je sens le froid de la mort.

 

 

Tu peines à vivre, c’est la peine de vivre,
car toute vie est condamnée à la peine de mort.

 

 

PEINES

Tu peines à vivre et tu peines à la pensée de mourir.
Quand tout est peine,
ce n’est plus la peine d’avoir de la peine.

 

 

Si je n’étais pas mort en 1980, j’aurais eu 100 ans en 2053.
Si je n’étais pas mort en 2000, j’aurais eu 100 ans en 2053.
Si je n’étais pas mort en 2020, j’aurais eu 100 ans en 2053.
Si j’étais mort en 2054, j’aurais encore eu 100 ans en 2053

 

 

Le temps est venu pour toi d’embrasser la mort,
de lui faire croire que tu la désires,
et que tu l’as toujours aimée.
Le temps est venu pour toi de rompre avec la vie,
de lui confier ta lassitude et ton ennui.
Le temps est venu pour toi de quitter l’une pour partir avec l’autre.

 

 

Un jour, tu dormiras enfin les yeux ouverts.

 

 

DELAMOR

De l’amour, tu ne sauras rien,
puisqu’il te ravit avant que tu ne comprennes.
De la mort, tu ne sauras rien,
puisqu’elle te prend et t’emporte encore vif.

 

 

POSTE RESTANTE

Drapé dans l’enveloppe de ta peau.
Engoncé dans le manteau de béton de ta maison.
Tassé dans l’enveloppe de tôle de ta voiture.
Fripé dans l’enveloppe gluante de ton métier.
Tu attends le drap, le linceul, le suaire qui enveloppera tes os.
Tu attends ton dernier courrier.

 

 

Ils sont assis comme des quilles.
Ils habitent comme des quilles.
Ils vivent comme des quilles,
et la grande boule arrive.

 

 

SUICIDE CARBONIQUE

Inhalez vos exhalaisons.

 

 

J'écoutais la radio.
Tout d'un coup, la musique s'est arrêtée et quelqu'un a dit : "Allo?"
J'ai répondu : "Allo?" Il y avait quelqu'un de l'autre coté.
Nous avons parlé des aléas de la vie et de la mort
et nous sommes tombés d'acord :
nous conseillons les aléas de la vie.

 

 

SOLARIS

Elle se sert de ta mémoire.
Elle se sert de tes souvenirs.
Elle se sert de tes échecs et de tes désirs,
la vie pour te dire que tu vas mourir.

 

 

La mise à mort peut être une mise à l'écart.
La mise à mort peut être une mise hors-circuit.
La mise à mort peut être une mise en lieu sûr.
La mise à mort peut être une mise au point.
La mise à mort peut être une mise en place.
La mise à mort peut être une mise au net.
La mise à mort peut être une mise à mal.
Mais la mise à mort n'est pas une mise au jour.

 

 

EXTRAIT DU CARNET 1998-2004

 

LES PIEDS DEVANT

Alors que la vie étale des charbons ardents sous les pieds de l’un
et déroule un tapis rouge sous les pieds de l’autre,
la mort traite tout le monde de manière égale.

 

 

JOUR DES CENDRES

Mes cendres encore chaudes ne brûleront plus ton corps,
mes braises refroidies ne raviveront plus ta flamme.

 

 

Même si je suis mauvais j’existe.
Même si je suis bon, je meurs.
Même si j’existe, je mourrai un jour.
Même si je meurs, j’aurai existé.

 

 

Les morts s’entassent et les vivants se succèdent.
Les morts s’entassent sous la terre
sur laquelle se succèdent les vivants.

 

 

Quand le virus te terrasse,
que le nucléaire t’irradie,
et que le meurtrier t’achève,
le vivant donne la mort.

 

 

Avoir des conversations d’un ennui mortel,
pour éviter les silences de mort.

 

 

La vie meurt, et la mort vit.

 

 

Quand je regarde l’heure, je ne vois pas la montre.
Lorsque je contemple la peinture, j’oublie le cadre.
Mais quand j’observe la vie, je vois rôder la mort.

 

 

LA MORT

Au Fayoum, j’étais peintre de sarcophages.
À Flins, je peins des voitures à la chaîne.

 

 

Je voudrais être l’iceberg qui a fait couler le Titanic.
Je voudrais être la bombe qui est tombée sur Hiroshima.
Je voudrais être la peste, le sida et la famine,
tant il est préférable d’être la mort plutôt que le mortel.

 

 

un prématuré disparaît parfois prématurément.

 

 

Fleurissez le bord des routes, là où des gens se sont tués en voiture.
Fleurissez les rues, où les piétons se sont fait écraser.
Fleurissez les maisons qui ont connu les meurtres, les viols et l’inceste.
Fleurissez la terre entière puisque la mort y règne en maître.

 

 

Maintenant que je suis plus près du cimetière que de l’école primaire,
j’ai plus à apprendre de la mort que de la maîtresse d’école.

 

 

LE CANCER

Comment pouvez-vous parler de ce qui nous fait mourir,
alors que nous ne savons pas ce qui nous fait vivre.

 

 

En luttant contre le désordre, tu crois lutter pour la vie.
Mais la vie est un désordre que la mort assagit.

 

 

LE DEVOIR

Tu pourras t’amuser quand tu auras fait tes devoirs.
Puisque je devrai mourir un jour, je devrais le faire maintenant.

 

 

LA CONDITION DU FUTUR

Je devrai mourir quand la mort m’appellera
et c’est pour cela que je devrais vivre !

 

 

Nous sommes tous très patients,
puisque nous attendons la mort sans impatience.

 

 

Sous vos voitures, sous vos maisons,
sous vos vêtements, votre or et votre argent, vous êtes nu.
Vous serez tout aussi nu pour rentrer dans le ventre de la terre,
que vous l’étiez pour sortir du ventre de votre mère.
Nu comme le ver, qui se repaîtra de votre chair putréfiée.

 

 

ZOMBIES

On voudrait tous être des morts-vivants :
toujours vivants, pour vivre encore,
déjà-morts, pour ne plus avoir à mourir.

 

 

Il faut un jour, le jour des cendres,
descendre dans la tombe.

 

 

La mémoire des morts.
Comme si les morts avaient de la mémoire !

 

 

LA DERNIèRE SéANCE

Un jour, le son s’étiolera et les sous-titres s’effilocheront.
Alors, nous reconnaîtrons les films muets de notre enfance
dans le fondu au noir de notre dernière séance.

 

 

éCLAIRCIR

Le ciel s’éclaircit.
J’aperçois une lueur dans la forêt : l’éclaircie d’une clairière.
Le bûcheron abat des arbres pour illuminer les taillis.
Ainsi, la mort éclaircit nos vies,
qui enterre nos amours, nos désirs et nos amis.

 

 

LA VIE NOUS EMBAUCHE DANS UNE DéBAUCHE DONT SEULE LA MORT PEUT NOUS DéBAUCHER

La vie, parfois, nous embauche
pour mener une vie de débauche.
Puis, la mort nous embauche
pour mettre fin à cette débauche.

 

 

L’OBSESSION DE VIVRE

La mort nous libère de nos manies et de nos compulsions :
respirer, manger, marcher, dormir, aimer.
La mort nous délivre de l’obsession de vivre.

 

 

La vie nous trompe,
qui nous laisse connaître la date de notre naissance,
sans nous donner celle de notre mort.

 

 

J’en sais moins sur ma vie que ma pierre tombale.

 

 

La mort à vie,
un beau pays.

 

 

FAIRE-PART

Des trois faire-part de notre vie,
nous ne lisons que les deux premiers.

 

 

Tous les jours de ma vie, je pense à la mort.
Alors que tous les jours de ma mort, je ne pourrai plus penser à la vie.

 

 

PRESQUE DéJà MORT

Ne fais pas l’ascète, ne fais pas le débauché.
Rien ne sert d’être déjà mort.
La mort t’attend en enfer, la mort t’attend au paradis.

 

 

J’hésite entre me laisser vivre et me laisser mourir.

 

 

Celui qui meurt à la naissance ne verra la mort qu’une seule fois.

 

 

Si je n’avais pas peur de la mort,
j’épouserais une femme laide.
Si je n’avais pas peur du monde,
je mènerais une vie exubérante.
Si je n’avais pas peur de moi,
je pourrais m’aimer.

 

 

CROIX DE BOIS, CROIX DE FER

Il faut faire des croix sur ta vie,
avant que la mort ne fasse une croix sur ta tombe.

 

 

La vie est remplie de premières fois,
qui te conduisent inéluctablement vers la dernière.

 

 

La première femme, le dernier amour.
Le premier mot, la dernière parole.
Le premier cri, le dernier soupir.

 

 

EST-CE QU’ILS éTAIENT VIVANTS LES MORTS AVANT DE MOURIR ?

 

 

Le plaisir cache le travail,
le travail cache la vie,
la vie cache la mort.

 

 

POMPEI

Tous les cheveux s’envolent,
dans le train qui nous conduit à la cité des morts.

 

 

LA FIN DU DéBUT ET LE DéBUT DE LA FIN

Je ne suis pas fini,
je suis encore tout petit.
Je ne suis pas fini,
je ne suis pas encore mort.

 

 

RAISONS DE LA DéRAISON

La vie est une déraison qui nous donne des raisons de mourir.

 

 

À quelque chose malheur est bon :
les angoisses de mort n’intéressent que les vivants.

 

 

Je lis à coté de l’acacia.
Je dors sous le tilleul.
Je travaille à l’ombre du bouleau.
Je vis loin de l’hêtre, et je mourrai sous le noyer.

 

 

 

EXTRAIT DU CARNET 1996-1998

 

REFOULEMENTS.

Nous foulons les morts au pied,
tout comme nous serons foulés par les vivants.

 

 

Vivre en regardant les autres mourir,
ou mourir entouré de vivants :
voilà le choix !

 

 

RAPPORTS DE FORCE.

Aimer ne pas être aimé, mais détester être haï.
Il y en a si peu qui s’aiment, et tant qui se détestent,
que nous menons une vie de haine, où la mort sera notre seul amour.

 

 

TU NE SORTIRAS PAS D’ICI VIVANT.

Tu ne sortiras pas d’ici avant d’avoir reconnu tes fautes.
Tu ne sortiras pas d’ici avant d’avoir commis ton million d’erreurs.
Tu ne sortiras pas d’ici avant d’avoir assuré ta descendance.
Tu ne sortiras pas d’ici avant d’avoir détruit ta lignée.
Tu ne sortiras pas d’ici avant d’avoir vécu.
Tu ne sortiras pas d’ici avant d’être mort.

 

 

FUMéE.

Je suis dans la cave de la vie, et je vois une cheminée.
Sa fumée me rappelle ce qu’il adviendra de moi,
lorsque j’accéderai enfin au grenier.

 

 

Tu médis de ton père,
mais comment seras-tu enterré par tes enfants ?

 

 

ENTRE LA VIE ET LA MORT.

Coincés, pétrifiés, écartelés,
entre ce que nous n’avons plus,
et ce que nous n’avons pas encore.

 

 

Nous sommes vivants sur la terre en train de mourir.

 

 

SUICIDE.

Quel est le deuil qu’elle n’a pu faire, qui la pousse à porter le sien ?

 

 

Comment se contenter de la fugacité de la vie,
quand on peut avoir la pérennité de la mort ?

 

 

Ne fais pas de poussière, ne soulève pas la poussière, et respecte la poussière,
puisque tu retourneras à la poussière.

 

 

La manière la plus humaine de tuer
n’atteindra jamais
la manière la moins inhumaine de mourir.

 

 

MA POUSSIèRE BLEUE.

Si la poussière est bleue et la cendre grise,
comment mes cendres pourront-elles retourner en poussière ?

 

 

Vivre c’est une question de vie ou de mort.

 

 

La mort répond à toutes les questions.

 

 

La bière, j’en ai assez bu, et je ne veux pas être enterré dedans.
Mais la musique, je ne l’ai pas assez entendue, et je veux être enterré dessus.

 

 

SUR MON LIT DE MORT.

Sur mon lit de mort, j’aurai des pensées morbides,
en me ressouvenant de toutes les actions mortifères,
qui ont rendu nos vies mortelles.

 

 

Un gisant gît sans geindre.

 

 

Arriver à vivre comme un adulte,
depuis les derniers câlins de la mère,
jusqu’aux premiers câlins de la mort.

 

 

Je n’ai rien :
je n’ai pas mal au dos, je n’ai ni la peste, ni le choléra.
J’ai tout :
je suis riche et beau, j’ai tout ce qu’il faut.
Je n’ai rien :
je suis sans travail, ni logement, à la rue en hiver.
J’ai tout :
le cancer du fumeur, le divorce, la faillite et la peur de la mort.

 

 

JE N’AI PAS MéRITé çA.

Je n’ai pas mérité çà.
Je n’ai pas mérité ce bonheur, cette femme et ces enfants,
cette vie de rêves et de diamants.
Je n’ai pas mérité çà.
Je n’ai pas mérité le cancer, le divorce et la boisson.
Je n’ai pas mérité cette mort lente et sans raison.

 

 

Claquer des dents, c’est entendre son squelette.

 

 

Le pas des vivants soulève la poussière des morts.

 

 

“Je revis à l’instant où je ne la revis plus.”
Puisqu’il faut mourir pour revivre,
il revit quand sa femme fut morte.

 

 

PARADOXE DU BIG-BANG.

Les galaxies, qui sont nées au même moment,
sont faites de planètes, qui meurent à tout instant.

 

 

 

EXTRAIT DU CARNET 1993-1996

 

La mort de l’amour
c’est un peu l’amour de la mort.

 

 

L’AVEUGLE ET LA MORT.

“Je ne vois rien !”
“Je suis là.”

 

 

QUI PERD GAGNE.

Après avoir perdu la vie, il trouva la mort.

 

 

CROISEMENTS.

Nous sommes des croisements.
Nous sommes des croisements de femme et d’homme,
nous sommes des croisements d’intérieur et d’extérieur,
nous sommes des croisements de vie et de mort.

 

 

PORTA PARADISI
(mosaïque, Saint Marc,
Venise).

La porte du paradis est noire comme l’enfer.
Qui voudrait y entrer ?

 

 

S’il te plaît,
protège moi de la mort, en me prenant dans tes bras,
petite mort.

 

 

L’âge où on vous invite plus souvent à des enterrements qu’à des mariages.
L’âge où on vous invite plus souvent aux enterrements des morts qu’à ceux des vivants.

 

 

TRIBUNAL DE LA VIE.

Condamnés à séduire.
Condamnés à aimer.
Condamnés à se reproduire.
Condamnés à mourir.

 

 

La mort du père c’est la perte du dictionnaire.

 

 

LA VIE DU DENTISTE.

Le jour où je sens mes dents, je suis vivant.
Le jour où je ne sens plus mes dents, je suis heureux.
Le jour où je ne sentirai plus jamais mes dents, je serai mort.

 

 

Il faut tant de morts pour une vie !

 

 

EXTRAIT DU CARNET 1991-1993

 

DEUX PARADIS

Ton paradis, je ne l’emporterai pas au paradis.
Mais ton enfer, tu l’emporteras au paradis.

 

 

Je n’arrive pas à être loin et prés.
Tu ne peux pas être proche et lointain.
Quand tu te rapproches tu t’éloignes et quand tu t’éloignes tu te rapproches.
Lorsque je m’éloigne de la vie, je me rapproche de la mort.

 

 

Tu parles de la mort quand tu es en vie.
Tu ne parleras pas de la vie quand tu seras mort.

 

 

APRèS LE UN

Avec le deux, c’est la haine, la guerre et l’amour.
Avec le trois, c’est la trahison, la jalousie et la mort.
Après le trois, tout recommence.

 

 

Il faudrait naître en 1234 et mourir en 4321.

 

 

POUR OUVRIR, LEVEZ (Métro parisien)

Pour ouvrir, levez.
Pour mourir, vivez.
Pour tomber, buvez.
Pour fermer, cassez.
Pour vivre, aimez.

 

 

Je pisse de la bière, je pisse du thé.
Je pisse du sang, je pisse du sperme.
Je pisse la mort, je pisse la vie.

 

 

BEST-SELLER

Je suis le best-seller de l’angoisse, de la honte, et de la mort.
Je vends de l’angoisse à la gaieté, de la honte à la pudeur, et la mort aux vivants.

 

 

Tout le monde sait commencer,
peu savent finir.

 

 

Parlez-moi de mes vies postérieures,
des vies qui viennent après la mort
et non pas de la mort qui vient après la vie.

 

 

On est condamné à vivre toute sa vie.
Pourtant, je préfère la vie après la mort à la mort après la vie.

 

 

Il faut choisir entre la vie vivante et la vie mortelle.

 

 

Une seule mort, et tant de morts.
Une seule mort, et tant de manières de mourir.

 

 

Qui a fréquenté la mère de la mort ?
Qui a connu le grand-père de la vie ?
Qui a vu l’oncle de la haine ?
Qui a déjà joué avec la soeur de l’amour ?

 

 

PAPA EST MORT

Quand ton père meurt,
le spectre tient le sceptre.

MAMAN EST MORTE

Entre ta naissance et sa mort
elle ne t’a jamais lâché.

 

 

AVANT LA VIE APRèS LA MORT

Avant la vie après la mort, existe-t-il une vie ?
Entre la naissance et la mort, existe-t-il une vie avant la mort ?
Je voudrais savoir ce qu’il y a avant la vie après la mort.

 

 

Contre la peur, contre la solitude, contre la mort,
j’ai envie d’être contre toi.

 

 

 

EXTRAIT DU CARNET 1988-1991

 

Aucun jour qui ne soit le dernier.
Aucun jour à être le premier.
Quand tout recommence sans discontinuer,
chaque premier jour te rapproche du dernier.

 

 

LE VAIN COMBAT

Je dispute le vain combat.
J’ai encore disputé le vain combat contre le sexe et la mort.
J’ai failli plus d’une fois et je faillirai encore.
Mais je dispute le vain combat.

 

 

Ils sont tous vivants les morts dans la télé.

 

 

ET IN ARCADIA EGO

Nous continuons à écrire ces romans et à fabriquer ces dessins,
où tout en le disant et sans jamais le dire,
nous parlons du temps qui passe et de la vie “insoutenable”
que d’autres gens vivront comme nous,
en l’acceptant tout autrement et tout naturellement,
après avoir lu que nous l’avions déjà écrit,
lorsque nous étions vivants.

 

 

Je sais que
les chiens remuent la queue éternellement,
tandis que je vais vers la mort en marchant.

 

 

Vous allez recevoir des nouvelles de quelqu’un
que vous n’avez pas vu depuis longtemps : “la camarde”.
Je vois une femme brune
qui pense à vous : “la faucheuse”.
Votre vie va bientôt changer : “le grand sommeil”.

 

 

LA VIE APRèS LA MORT. 1

Merde ! Il y a encore une vie après la mort.

 

 

LA VIE APRèS LA MORT. 2

C’est comme le fromage après le dessert.

 

 

LA TERRE ET L’EAU

Quand tu vis, tu te heurtes à la vie.
Quand tu meurs, tu te coules dans la mort.

 

 

BLEUISSEMENT DES LOINTAINS

La mort est bleue quand elle est loin
et noire quand elle s’approche,
à pas feutrés, à pas lents.

 

 

JE DESSINE COMME DU MARBRE

Je dessine comme du marbre.
Je grave sur le papier des épitaphes, j’y sculpte des pierres tombales.
Je parle de la vie,
qui va en l’occurrence de la naissance à notre mort.

 

 

C’est le soir ou c’est le matin.
Ce sont toujours des moments,
mais il n’y a qu’une fin.

 

 

à VENIR

Ah ! vous êtes tournés vers le passé,
vous ressassez vos souvenirs,
vous vivez de rêves écoulés.
Pourquoi ne regardez vous pas l’avenir,
pour imaginer la forme, les couleurs et le prix,
de votre cercueil à venir ?

 

 

LA FIN DU MONDE

La fin du monde est prévue à 15 h. à Delhi, 11 h. à Hongkong et 7 h. à Paris.
La fin du monde ne sera pas la même pour tout le monde.
Certains marcheront en plein soleil,
tandis que d’autres seront pris dans la nuit noire.

 

 

J’attendais la gloire sans la rechercher.
Je disais : “Je ne suis pas pressé”.
Je regardais la vie sans y participer.
Je répétais : “Je ne suis pas pressé”.
Puis la mort est arrivée avec sa faux.
J’eus beau lui dire : “Je ne suis pas pressé”,
elle ne m’a pas écouté.

 

 

ULTIME DéCEPTION

La vie ne s’est pas déroulée telle que je l’avais imaginée.
La mort non plus d’ailleurs.

 

 

Le hasard s’est rappelé mon existence.
Par hasard, le hasard a frappé à ma porte.
J’ai ouvert sans conviction à la roue de la fortune.
Le hasard s’est souvenu de mon existence.
Sans raison, il a sonné chez moi.
J’ai ouvert sans appréhension à la parque finale.

 

 

Ce qui ne repousse jamais : l’amitié.
Ce qui ne se vit qu’une seule fois : la mort.
Ce qui recommence toujours : chaque jour.

 

 

DEUIL

Dans ma vie antérieure,
à l’intérieur de ma propre vie,
j’ai aimé une femme.
Dans une vie antérieure,
avant ma réincarnation
à l’intérieur de ma propre vie.
 

 

Vous connaissez la vie qui tue et la vie qui nous sépare.
Mais vous appréhendez la mort qui tue, la mort qui nous sépare.
Vous ne savez pas ce que vous voulez,
vous ne voulez pas savoir ce que tout le monde sait.

 

 

Des bières pour les vivants et la bière pour les morts.
Des pompes pour ceux qui marchent et la pompe pour les allongés.
Des verres pour ceux qui ont soif et les vers pour ceux qui ont bu.

 

 

VANITé

Tandis que l’orateur parle,
assis au fond du chapiteau,
je vois des crânes.

 

 

INTIMIDATION

Parce que j’ai peur,
parce que j’ai peur de la mort,
j’intimide les autres.

 

 

LE JOUR DU DéPART

Aujourd’hui,
j’ai ouvert cinquante portes et j’en ai fermé autant.
Mais un jour,
vous ne refermerez pas la porte que vous avez ouverte.

 

 

CYPRèS DU BONHEUR

Je fus si près du bonheur,
et maintenant je suis si près de la tombe,
que je pourrais être un arbre.

 

 

Porteur, aide-moi !
Porteur, porte mon âme à celui qui la pèsera.
J’attends le jugement qui m’enverra ici ou là :
ici où sont les vivants, là où sont les morts.

 

 

CANCER

J’ai vu le crâne noir de la mort,
j’ai vu le crâne de la mort noire.

 

 

Ceux qui partent en mourant te font souffrir.
Ceux qui te quittent en vivant te font mourir.
Et ceux qui restent ne nous font pas guérir.

 

 

IN SITU

Si tu acceptes le haut et le bas, si tu reconnais la gauche et la droite,
tu es en vie.
Si tu veux que le haut soit en bas et la gauche à droite,
dessine.
Si tu refuses le haut et le bas, si tu méconnais la gauche et la droite,
tu es mort !

 

 

EXTRAITS DU CARNET 19XX-1987

 

Je mourrai à la fin de ma vie.

 

 

SI JE BOUGE JE SUIS UN HOMME MORT.

Ma main presse un pistolet sur ma tempe.
Je me dis : “Si tu bouges, tu es un homme mort.”
Je ne bouge pas.

 

 

Toute la vie tu attends la mort.

 

 

MORTIFICATION PRéCOCE.

Je mourrai dans l’entrée de l’appartement d’une femme.

 

 

Coincé entre la vingtaine et la trentaine,
tu resterais bien du coté de maman.
Mais papa t’appelles du cimetière,
où tu vois toutes les jolies fleurs de la mort

 

 

Chaque fois qu’il se coupe les ongles des pieds,
c’est une grande victoire sur la mort, qui lui dit de tout laisser tomber.

 

 

Je suis témoin au tribunal de ma mort.
Le juge est assis derrière un grand bureau avec sa faux.
Une balance est gravée sur la tribune, qui penche,
petit à petit, toujours du même coté.

 

 

Notre mort est dans l’ordre du monde.

 

 

HYPNOSE DE LA TéLé.

Je voudrais voir un western,
pour oublier que je suis mortel.

 

 

J’entends le chant des oiseaux qui parlent du printemps.
Portés par l’air humide,
des bruits sourds et feutrés arrivent jusqu’au lit,
où, allongé, je pense à ma mort future.

 

 

Ne parlons plus du passé.
Regardons vers l’avenir et vers la mort.

 

 

Tu médis sur la vie, mais tu maudis la mort.
C’est bien : tu ne confonds pas les choses de la vie et la vie des choses.

 

 

HEUREUSEMENT, MALHEUREUSEMENT.

Heureusement, malheureusement,
il y a la possibilité de mourir à tout instant.

 

 

POèME DE L’ATROPHIE.

J’ai pensé que je pouvais avoir une autre femme que celle que j’aimais.
J’ai pensé que je pouvais mourir chez moi enfermé.
J’ai pensé que je t’aimais.

 

 

Sous la peau,
le squelette attend.

 

 

LE SPHINX:
“Payer pour bouger, payer pour s'arrêter,
payer pour vivre, et pour mourir.”
OEDIPE:
“L’essence, les parcmètres,
l’épicier et les pompes funèbres.”

 

 

 

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